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Mgr Aristide GONSALLO, Evêque de Porto-Novo

 

Que par la miséricorde de Dieu, les âmes des fidèles défunts reposent en paix ! Le mois de novembre est consacré au souvenir de nos frères et sœurs défunts qui nous ont précédés, marqués du signe de la foi et qui dorment dans la paix. Mais nous savons qu’il n’est pas évident de parler de la mort. Ce que le philosophe français Albert Camus appelle dans La Peste l’interminable défaite fait peur : la mort réelle, ordinaire et banale à la maison ou dans un lit d’hôpital; la mort qui nous touche tous à un moment ou à un autre ; notre propre mort finalement pour tout résumer. Elle peut être angoissante au point qu’on l’entoure d’un silence meurtrier tant pour celui qui s’en va que pour ceux qui restent. Aussi voudrais-je oser affirmer qu’il y a un bienfait de la mort non seulement pour les autres qui seront amenés à nous remplacer mais aussi et surtout pour nous qui allons découvrir ce que nous avons recherché confusément durant cette vie de préparation et de croissance. L’image de la chenille qui va se transformer en papillon est certes imparfaite mais elle évoque bien cette métamorphose qui nous attend et nourrit notre espérance.

Dès les origines du christianisme, les premières communautés chrétiennes ont insisté sur l’importance de la prière d’intercession pour les morts qui se trouvent désormais au Purgatoire, dans l’attente du Jugement dernier. Dès les premiers siècles, des messes sont célébrées en suffrage des défunts. Le Concile Vatican II a été l’occasion pour les Pères conciliaires de revenir sur cet aspect dans la Constitution dogmatique sur l’Église Lumen gentium. Pour eux, le Purgatoire est l’un des trois stades ecclésiaux du Corps mystique du Christ, celui de la purification. Aussi comprenons-nous que, comme les vivants, nos frères et sœurs défunts ont aussi besoin de nos prières. Mais Saint Jean-Paul II, dans son livre Entrez dans l’espérance, avait déploré la profonde hypocrisie de la pastorale moderne dissimulant nos fins dernières. Alors, dans son encyclique Spe Salvi qui est une belle hymne à l’espérance, le pape Benoît XVI répare cette absence grave, avec discernement et audace. Tout en dressant un tableau lumineux de nos fins dernières : Jugement final, Enfer et Purgatoire, il souligne que la grâce n’exclut pas le jugement. L’espérance chrétienne est l’affirmation de la certitude du bonheur auquel Dieu nous convie et qu’il nous donne déjà de connaître à travers les épreuves de ce temps jusqu’à la mort incluse. L’espérance chrétienne est le fruit de la promesse accomplie par la mort et la résurrection du Christ.

Il est donc temps aujourd’hui d’opposer une parole à ce silence funeste sur la mort. Il s’agit d’une parole qui ne guérit pas de la mort mais qui aide à l’approcher pour en faire le dernier acte de la vie dans la tendresse et la paix. Le message fondamental de la foi fait éclater sa salve singulière et unique : Christ est ressuscité. La victoire sur la mort suffit à soumettre son pouvoir. Si un seul a mis la mort sous ses pieds, et de surcroit, l’a fait pour nous, c’est la preuve formelle que l’anathème de la mort est aboli et que la Rédemption et la Miséricorde de Dieu empêchent le néant d’être le dernier mot. C’est pourquoi, en cette année du Jubilé de la Miséricorde, nous voulons projeter un regard lucide et courageux sur la mort car, avec le Miséricordieux, la vie n’est pas détruite, elle est transformée.

Dans la bulle d’indiction du Jubilé de la Miséricorde, la dernière des œuvres de miséricorde spirituelle consiste à prier pour les morts. Et dans sa lettre à Mgr Rino Fisichella accordant l’indulgence à l’occasion du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, le pape François écrit : L’indulgence jubilaire peut être obtenue également pour les défunts. Nous sommes liés à eux par le témoignage de foi et de charité qu’ils nous ont laissé. De même que nous les rappelons dans la célébration eucharistique, ainsi, nous pouvons, dans le grand mystère de la communion des Saints, prier pour eux afin que le visage miséricordieux du Père les libère de tout résidu de faute et puisse les accueillir dans ses bras, dans la béatitude qui n’a pas de fin.

Nous chrétiens, nous sommes ainsi appelées à pratiquer avec assiduité la prière d’intercession pour les vivants et les morts. Une communauté chrétienne vit de l’intercession réciproque de ses membres ou périt, estimait déjà Dietrich Bonhoeffer, pasteur allemand exécuté par le régime nazi en 1944. La dernière des œuvres de miséricorde spirituelle est le signe manifeste de la communion des saints. Pour exprimer cette communion, les chrétiens prient les uns pour les autres. Ils concourent aux joies et participent aux souffrances du prochain. Ils sont appelés à intercéder pour leurs frères, vivants ou morts, dans une démarche de miséricorde (cf. Ep 4, 16). L’œuvre de miséricorde consistant à prier pour les morts résulte aussi directement de l’espérance chrétienne en la vie éternelle : Frères, nous ne voulons pas vous laisser dans l’ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort ; il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n’ont pas d’espérance. Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ; de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui (1 Th 4, 13-14).

En ce mois de novembre, chantons notre hymne à l’espérance dans nos attentes comme dans nos déceptions voire nos désespoirs. En priant pour nos frères et sœurs défunts, retrouvons le sens profond de l’espérance qui nous est offerte. Plus largement, cette espérance ouvrira une brèche dans la chape de plomb sous laquelle nombre d’entre nous se sentent écrasés et sans recours. En invoquant l’intercession de Marie, Etoile de l’espérance, nous sommes persuadés que nos frères et sœurs défunts seront accueillis là où nous aussi espérons aller un jour.

En ce mois de novembre, la commémoration des fidèles défunts est l’occasion de prier davantage pour nos frères et sœurs défunts, connus ou inconnus. Il est notamment possible de faire célébrer des messes pour le repos et le salut de leurs âmes. Dans notre prière quotidienne ou au cours des célébrations eucharistiques quotidiennes et hebdomadaires, nos intentions pour l’humanité et nos prières plus personnelles les portent vers le Royaume de Dieu. Que par la miséricorde de Dieu, les âmes des fidèles défunts reposent en paix ! Amen.

 

 

† Aristide GONSALLO

Evêque de Porto-Novo

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