Banner

Bénissons le Seigneur pour tous ses bienfaits. Dieu nous aime. Nous avons beaucoup d’enfants. Les jeunes aussi sont très nombreux. Ça fait sourire peut-être. Mais là est notre force. Avec eux l’avenir est sûr. Il faut leur donner une bonne éducation en famille et à l’école. Car c’est l’homme qui fait l’histoire et non d’abord les ressources de son sol et de son sous-sol. Mais parlons politiquement... Nous avons beaucoup d’attributs d’un Etat démocratique : fonctionnement acceptable des institutions de contre-pouvoir, liberté d’expression satisfaisante, tolérance religieuse, cohabitation pacifique des groupes sociaux, taux de scolarisation croissante, participation des femmes instruites en augmentation dans la construction de la société, etc. L’alternance au niveau des Présidents de la République semble désormais un acquis irréversible. C’est un mandat de cinq ans renouvelable une fois. Il n’est pas interdit à un Président de désirer modifier cet article de la Constitution pour s’éterniser au pouvoir, mais cela ne lui sera pas facile.

Les défis à relever sont nombreux : la famille en crise, le manque de travail des jeunes, la carence des équipements socio-sanitaires, les infrastructures routières, la préservation de l’environnement, l’énergie solaire, le consumérisme, l’éducation à la citoyenneté et au civisme, la culture et les traditions humanisantes face à la globalisation, la lutte contre la corruption, l’argent sale qui vicie et fausse les règles du jeu démocratique, et même contrecarre les valeurs morales de la citoyenneté…

Un défi majeur au sujet des élections au Bénin, c’est leur transparence. Elles sont libres bien sûr, mais on a l’impression que les fraudes, les dessous de table, les mascarades et les tripatouillages font partie désormais des règles de l’art pour gagner les élections à tout prix. Tout le monde le sait. Les jeux semblent faits d’avance. Et le vote, une formalité. Non, la démocratie à l’Occidentale ne marche pas vraiment chez nous.

Un autre défi important est celui de notre système solaire qui ne répond pas à nos besoins. Il est temps d’arrêter toutes les démagogies et promesses hallucinantes. C’est le travail méthodique, constant et persévérant qui crée la richesse. Il faut mettre le peuple au travail. Pas de baguette magique. Des jeunes très nombreux dans nos universités ne savent pas s’ils auront du boulot demain. Peu se risquent à l’auto-emploi. Très souvent, ils n’ont personne pour les appuyer. Il faut cependant vivre, et cela engendre la corruption sauvage devenue une gangrène. Comment l’amputer ? La prospérité partagée semble une utopie. Tous ces défis ne pourront être vaincus que si la crainte de Dieu est réintroduite dans la conscience de l’homme. Un développement sans Dieu, c’est possible mais ce sera invivable. Les hommes politiques devraient avoir le souci de la formation de la conscience et du respect de ce sanctuaire.

Un dernier défi enfin, c’est la fierté à redonner au monde paysan par l’agro-écologie. Les jeunes désertent nos villages pour s’embaucher comme manœuvres dans les villes ou au Nigéria voisin. La majorité de nos terres ne sont pas cultivées ou sont cultivées par les multinationales pour le coton, c’est une catastrophe. Il faut une politique agricole ambitieuse, efficace et respectueuse de notre environnement. Dans le diocèse, nous avons un vaste domaine de près de 600 ha à mettre en valeur.

L’Eglise catholique dans la société béninoise ?

L’Eglise catholique est bien vue, que ce soit l’Evêque, le prêtre, la religieuse, le catéchiste. On demande nos prières et nos bénédictions. Même là où on est minoritaire comme à Parakou, on est très apprécié. Soulignons que la plupart des cadres ont été formés dans nos écoles. Nous jouissons d’un passé glorieux : les bons Pères missionnaires de Lyon (sma), les saintes religieuses NDA, l’illustre Cardinal Bernardin GANTIN dont l’aéroport international de Cotonou porte le nom etc. Monseigneur Isidore De SOUZA qui a dirigé le Bénin pendant neuf mois, lors de la transition du régime marxiste au régime démocratique en 1989. On a toujours œuvré pour ramener la paix sociale, la paix entre le Gouvernement et les syndicalistes en grève illimitée, la paix entre les candidats politiques rivaux, la paix entre la mouvance et l’opposition. L’Eglise catholique joue à la fois le rôle de bon samaritain et de sapeur pompier. C’est la structure la plus stable. Son service est vu comme désintéressé et ses prises de positions impartiales. Quand le consensus est difficile à obtenir entre hommes politiques, on sollicite la méditation de l’Eglise. Et quand les Evêques prennent leur temps avant de se prononcer, le peuple et les autorités s’impatientent. L’Eglise semble l’organisation la plus proche des pauvres, toutes confessions confondues, surtout dans les périphéries. Je crois que cette proximité permanente avec les pauvres nous rend plus crédibles.

Toutefois, nous ne devons pas dormir sur nos lauriers, car ce n’est pas toujours qu’on nous applaudit. Certains groupes (minoritaires) sont capables de payer des médias de la place pour nous attaquer quand l’Eglise ne va pas dans le même sens qu’eux.

Soulignons aussi que la Conférence Episcopale du Bénin a créé une Aumônerie pour s’occuper du Mouvement des Cadres Catholiques et Personnalités Politiques (mccpp). Ce sont eux-mêmes qui se sont rapprochés des Evêques pour faire la demande. En outre, depuis un an environ, on a créé aussi l’Observatoire Chrétien Catholique de la Gouvernance pour observer les élections législatives, municipales, communales et bien sûr présidentielles. C’est en février 2016 qu’on verra son efficacité. Ces deux mouvements sont animés essentiellement par les chrétiens laïcs eux-mêmes.

La spécificité de l’Eglise catholique au Bénin ?

D’emblée, je dirais qu’on est ni pire ni meilleur que les autres. Nous sommes une Eglise docile et soumise à Rome : ce n’est pas un péché véniel encore moins un péché mortel. La voix du Pape est accueillie comme une lumière pour nos consciences. En outre le Bénin est un petit pays qui ressemble à un gros village. On se connaît. On cultive les bonnes relations du Nord au Sud. Je crois que l’aura du Cardinal Bernardin GANTIN, paix à son âme, nous a beaucoup aidés. Mais notre Eglise manque un peu de souffle prophétique. Là où nous semblons briller plus que d’autres, c’est peut-être au niveau de l’union des Evêques dans les prises de position communes pour le bien de la Nation... La classe politique a essayé plusieurs fois de nous isoler pour nous diviser afin de régner, mais en pure perte ! En plus, il y a une grande convivialité entre les prêtres, entre les Evêques, même si on n’est pas toujours d’accord sur tous les points.

Nous devons tout cela sûrement à la Vierge Marie qui nous réunit tous les ans au mois d’août, à Dassa, pour le pèlerinage national. Ce lieu est un symbole éloquent au Bénin. Les jours de pèlerinage sont une période de grande mobilisation. Les catholiques, les non catholiques, les chefs traditionnels (religieux et non religieux), et même le Gouvernement ayant à sa tête le Président de la République, tous sont concernés par ce pèlerinage. Ce grand rendez-vous est un événement exceptionnel. Plusieurs fois, le Gouvernement a donné des décorations nationales à la fin de ce pèlerinage à des prélats. En août dernier, c’était au Cardinal Robert SARAH. En 2014, l’Archevêque de Cotonou, notre Président de la Conférence Episcopale du Bénin, avait été décoré. Et non satisfait de cela, en août 2015, le Président de la République a décoré tous les Evêques catholiques. Je vous souffle que c’est un protestant.

Et face au syncrétisme, quelles solutions ?

La solution majeure consiste à multiplier les petites communautés, les petites paroisses dans les villes et les villages avec une formation ad hoc. Je cible les familles et les jeunes. La proximité du prêtre pieux, simple, jovial et convainquant, bref le prêtre exemplaire est un rempart pour nos communautés dont la foi n’a pas encore de racines profondes. La pastorale sociale est à intensifier. Il faut inculturer la foi en Jésus-Christ. Ce n’est pas simple. D’où la priorité d’une bonne formation biblique, catéchétique, théologique. Il y a urgence à revoir la formation dans nos séminaires et noviciats. Ce n’est pas pour m’amuser que j’ai créé un grand séminaire diocésain. Il faut un nouveau style prenant en compte nos problèmes spécifiques. Merci aux bienfaiteurs qui nous soutiennent.

Une autre solution est celle de l’auto-financement de notre évangélisation. Je crois que l’insécurité financière est cause de beaucoup de maux. Il est temps de s’assumer. Nos jeunes sont souvent tentés d’aller vers les groupes où on a déculpabilisé l’argent, où on a fait de la richesse la preuve qu’on est un privilégié de Dieu, et donc la preuve de la réussite sociale. Nous les catholiques, nous avons souvent de la pudeur à parler de l’argent comme une nécessité pour l’évangélisation. Et pourtant dans "Ecclesia in Africa" au n°104, le Pape Jean Paul II a été très explicite là-dessus. Il faut des projets d’investissement en vue de l’autofinancement de nos Eglises. Sur ce point, il n’y a pas beaucoup d’organismes prêts à nous accompagner. C’est regrettable.

L’Eglise catholique est très sereine au Bénin

En général, il n’y a pas d’affrontements, pas de prosélytisme agressif, pas de guerre ouverte entre nous et les autres religions. Lors de mes visites pastorales, je rencontre les responsables d’autres confessions religieuses, protestantes, sectes, vaudou, etc. Ça se passe bien. Au début, ils sont plutôt distants et méfiants ; ils évitent les débats à cause de la longue préparation intellectuelle de nos prêtres. Certains chefs vaudou traitent parfois le christianisme de religion importée, avec un brin de mépris. Pour émerger auprès de leurs adeptes, ils nous insultent. C’est toujours les mêmes ragots : "les catholiques n’ont pas de tabous, tout est permis chez eux, ils adorent la Vierge Marie, les images et les statues, et pourtant Dieu a interdit cela dans l’Ancien Testament". Bref, ils n’ont pas d’arguments solides. Mais nous, on ne s’en occupe pas beaucoup. On préfère s’occuper de leurs enfants qu’ils envoient fréquenter nos écoles et nos mouvements catholiques. Le dialogue est plus efficace et plus intéressant de ce côté-là.

Effectivement le Bénin est présenté comme un exemple d’harmonie entre les religions.

Il en a toujours été ainsi. La basilique de Ouidah a été construite de 1903 à 1909 avec l’aide - en force de travail – des chefs vaudou dont le temple est situé juste en face de ladite basilique. Abritant des pythons sacrés, ce temple, encore aujourd’hui en vis-à-vis pacifique avec la Basilique, fait partie d’une des curiosités touristiques de la ville de Ouidah. Lors de sa visite apostolique au Bénin en février 1993, le Pape Saint Jean Paul II a eu une rencontre historique à Cotonou avec les Chefs vaudous sous forme d’un entretien dont le contenu est à revisiter. Ces chefs Vaudou étaient présents partout quand le Pape Benoit XVI est venu au Bénin en novembre 2011, pour y signer l’exhortation post-synodale "Africae Munus".

A vrai dire, cette convivialité interreligieuse est culturelle. Dans nos traditions ancestrales, on n’est pas à priori contre la divinité de l’autre groupe. Je dirais même plus, si la divinité de l’autre peut procurer quelque bienfait (guérison, protections, réussite…) on est prêt à aller se soumettre à ses exigences pour bénéficier de sa puissance, et même acheter carrément cette divinité. Je crois que c’est ce qui explique qu’il n’y a pas de guerre de religion chez nous. Dieu est unique pour tous, mais ses multiples messagers sont complémentaires et ne s’opposent pas à priori entre eux. Voilà pourquoi les adeptes de différentes religions peuvent cohabiter pacifiquement dans la même maison. On est d’abord frère et sœur, de la même ethnie, du même sang avant d’appartenir à telle ou telle autre religion. Les liens familiaux d’abord. Le sang parle plus fort que la religion. Mais, malheureusement aujourd’hui on arrive à diviser les frères du même sang avec de l’argent. C’est le grand diviseur qu’utilisent avec succès la politique politicienne et l’islam arabisé ou arabisant. Face à l’argent, beaucoup perdent leur dignité. C’est triste. Malgré tout, on reste un pays, un continent attrayant.

L’Afrique attire Pourquoi ?

Quoi qu’on dise l’Afrique est belle et même séduisante. Nous avons encore besoin de l’Occident. Mais l’Occident a besoin aussi de nous. "Le mal d’Afrique" est une réalité. Il vous prend aux entrailles dès le premier contact. En général, les Africains sont charmants, simples, joyeux et sympathiques. Quand l’Afrique se relèvera, il y aura moins de mécontents sur terre. La case commune pour tous les peuples c’est l’Afrique, berceau de l’humanité. C’est le continent le plus vieux, mais il semble le continent le plus jeune, plein de vie et d’avenir. N’est-ce pas le continent qui donne le plus de baptisés et de vocations à l’Eglise ? L’Eglise transformera l’Afrique. Et l’Afrique sauvera le monde avec le secours de Jésus et de Marie. N’en doutez nullement. Continuons de soutenir les bonnes actions en Afrique. Ça ira.

+Pascal N’KOUE

Omnium Servus

Vie diocésaine de Parakou, N°52, Janvier 2016.

VATICAN
Barre titre
EGLISE D'AFRIQUE
Barre titre
LES DIOCESES ET INSTITUTIONS
Barre titre
LES MÉDIAS 
Barre titre