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le pardon 2

Source : https://ec41.org/pastorale-2/pastorale/entrees-par-themes/le-pardon/

Le visage de la miséricorde, selon "Misericordia vultus" du Pape François au n°9, implique tout ce qui constitue concrètement la mise en œuvre de l’amour du prochain. L'impératif du pardon signifie qu'il n'existe pas une autre alternative pour être disciple du Christ que d'être artisan de la miséricorde. Il n'y a pas un temps d'arrêt entre être chrétien et le vivre moral. La Veritatis splendor rappelle bien que la "nouvelle évangélisation" comporte également l'annonce et la proposition de la morale. Reconnaître ces dimensions théologique (foi) et anthropologique (agir moral) conduit à percevoir la beauté de l'amour dans la vérité.

Le pardon présuppose une faute qui offense et peut provoquer divers types de réactions. Il existe une relation asymétrique: il est essentiel que la victime de l’offense pardonne, et l’agresseur pouvant, mais pas nécessairement, demander à être pardonné. Si la faute commise, du fait de sa violence, engendre une réponse de même type, pour le chrétien, le pardon doit être la réponse à la faute qui offense.
Dans le contexte béninois par exemple, nous continuons encore à traîner des offenses historiques entre cultures et qui sont pour beaucoup des paramètres de jugements dans l'ambiance politique et religieuse. Mais il y a une vérité indéniable: la référence aux blessures identitaires suggère l’idée d’un excès du non-valable, d’un trop insupportable. C'est un au-delà des infractions mesurées à l’aune des règles que la conscience identitaire reconnaît : telles cruauté, bassesse et inégalité extrême dans les conditions sociales bouleversent. Ce sont des maux qui s’inscrivent dans une contradiction plus radicale et suscitent une vengeance. Ces intolérances interethniques sont des maux, mieux des déchirements de l’être intérieur, des conflits, des souffrances sans apaisement concevable.
Ces problèmes démontrent bien la nécessité de réfléchir davantage sur la symbolique "Foi-Pardon", en lien avec la christologie qui doit servir de norme, du moins de référence prioritaire, au-delà des ancrages culturels. Le chrétien béninois doit ressentir cet impératif du pardon dans ce climat où les haines identitaires continuent à recevoir un suffrage très élevé et perpétuer les blessures historiques, liées aux trahisons et campagnes impérialistes. Au Bénin, le pardon chrétien doit être compris comme étant la capacité de reconnaître un mal historique et parfois confirmé dans le présent, et de dédouaner leurs auteurs en leur accordant le bénéfice du doute, c'est-à-dire en leur accordant une autre chance de mieux se comporter à l’avenir.
Le chrétien, différent de ses frères, a l'obligation de rétablir des liens d’amitié ou d’affection entre des personnes fâchées, brouillées, opposées jusqu’à la crise, jusqu’au conflit. Il s’agit d’un changement de rapports et de relations, qui suppose une modification psychologique des sentiments, dispositions, attitudes. Le pardon accordé conduit la paix à succéder à l’inimitié, l’entente à l’hostilité, l’union à la rupture .
Cela signifie que, si la faute ne peut être déracinée, la dette peut être levée. C’est alors le travail tacite du pardon dans notre expérience chrétienne: séparer la dette de la faute, de l’ouvrir à la rémission. Ce défi lancé aux chrétiens aujourd’hui est celui de leur manière différente d’être miséricordieux, d’agir et de vivre, donc conjuguant foi et vie éthique. Car à quoi nous servirait-il d’être chrétiens, si nous n’étions pas porteurs de sens, éclaireurs et sentinelles pour nos prochains, amis et ennemis, sympathisants et bourreaux assermentés? Comment pourrions-nous être miséricordieux si nous regardions les autres à partir du balcon de nos forteresses de haines inoculées? Le pardon de l'homme disciple du Christ est un geste qui libère et la victime et le bourreau. Et si c’est le Christ qui fait découvrir la valeur archétypale du pardon, alors un pardon humain authentiquement accordé devient la manifestation de l'Agapè divine.

Pardon, un impératif libérateur
Comment peut-on construire une nation, une Eglise locale, si les personnes sont incapables d’élargir leurs cœurs au-delà de leurs sentiments aigris? . Pardonner ne signifie pas ignorer ce qui a été fait à notre culture ou notre parti politique, cela signifie plutôt que l'acte mauvais cesse d'être un obstacle aux relations. Le pardon devient alors un catalyseur qui crée l'ambiance nécessaire à un nouveau départ et à un recommencement.
Le pardon libère. Aussi difficile qu’il soit de l’accepter, le pardon nous permet d’avancer, et d'affronter ce qui nous fait tant souffrir du tréfonds de notre cœur. Pardonner c'est ôter un poids attaché à notre cheville. Mais quelle force il va falloir, étant dit que cet acte libérateur suit une démarche, à bien des égards héroïque, d'arrachement à la loi du Talion au profit d'une surabondance qui introduit dans notre vie une rupture et un nouveau départ?
Quand nous pardonnons, nous prenons un nouveau départ, et par la grâce de notre pardon, l'autre pourrait, s'il veut, se redresser pour prendre lui aussi un nouveau départ. Notre geste de pardon montre que nous croyons à l'avenir d'une relation et à la capacité de changement de celui qui a fait un faux pas envers nous.
Alors, est-il réellement productif de tenir des rancœurs pendant des années envers une personne pour un fait isolé sachant que le temps est le remède de tout? Non. Car la rancœur empoisonne le cœur, lui donnant une énergie de la haine et de la volonté de vengeance. Il lui faut donc le pardon qui est une sorte de guérison de la mémoire, l’achèvement de son deuil. Le pardon nous libère, mais une libération au prix de durs sacrifices. Comme il est difficile de pardonner à ceux qui nous ont offensés! Et pourtant, il faut le faire. Quelle responsabilité!

Père TATA Gabriel,

Diocèse de Dassa-Zoumè

Professeur à l’Université Urbanienne (Rome)

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