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LA MISERICORDE, GAGE DE VIE ET DE SURVIE POUR LE COUPLE

                                                                                                                           Mr et Mme TOUDONOU

Par définition, la miséricorde traduit l’état du cœur qui a pitié. Il a piété parce qu’il aime. Et parce qu’il aime, il donne et pardonne. Dans l’expérience de la miséricorde, il y a alors l’expérience du don, d’une prise en charge de l’autre et du pardon. Ce sont là les éléments essentiels que nous vivons dans la relation avec Dieu qui est le tout premier référent dans l’exercice de la miséricorde. Il nous appelle à la même réalité dans nos relations interpersonnelles et surtout dans la toute première relation que constitue la vie du couple. Ici, la miséricorde est l’expression de la vitalité du couple et aussi gage de sa survie. Cependant, il n’y arrive vraiment que dans l’imitation du Christ, Epoux de l’Eglise.

Miséricorde comme expression de la vitalité du couple

     

Comme nous venons de l’affirmer, la miséricorde est une expression de l’amour. Cet amour se réalise à travers des actes concrets qui assurent la vie et la vitalité du conjoint que le Seigneur nous donne et dont nous sommes le premier responsable. Si le Seigneur nous le donne, c’est pour que nous nous en occupions, dans la perspective de la création de son bonheur. Parmi les actes à accomplir pour favoriser la réalisation de ce bonheur, il y a la tendresse, la sympathie, l’affection, la bienveillance, la bénédiction et la bienveillance, toutes choses qui ne sont possibles que dans le don de soi. Chaque conjoint est un mendient d’amour. C’est à travers le don que chacun répond à ce besoin pour la plénitude de l’autre. C’est un don de soi pour la communion des personnes et pour l’épanouissement réciproque. Au départ de la relation, les conjoints sont conscients des exigences de ce don. Mais ils n’en mesurent pas toujours toutes les implications. Celles-ci sont sacrificielles et peuvent même être souffertes, surtout si les événements qui ponctuent la vie commune sont critiques, parce que porteurs de crises. Des fois, on peut avoir les ressources pour y répondre. D’autres fois, on peut être dépourvu. Ce qui amène à des conflits et peut-être à des blessures et à des désirs de séparation. Quand ces cas arrivent, c’est bien l’avenir du couple qui est en jeu. Mais on peut encore bien se positionner pour l’avenir si on arrive à faire l’expérience du pardon. C’est le gage de la survie du couple.  

Miséricorde comme gage de survie pour le couple

Si la miséricorde est l’épanchement du cœur qui a pitié, qui aime et qui traduit cet amour par le don pour la communion des personnes et pour l’épanouissement réciproque, c’est seulement dans le pardon que ce don est assuré dans sa pérennité pour garantir la survie du couple. Ici, la miséricorde s’exerce sur soi à travers un effort de transcendance par rapport au mal qui nous a fait mal et qui laisse encore un arrière-goût d’amertume et peut-être aussi des blessures profondes. Elle s’exerce ensuite envers l’autre à travers la décision à laisser le passé au passé, à le regarder avec un regard nouveau et à lui donner des chances d’un recommencement nouveau. C’est l’exemple que le Père des cieux nous a toujours laissé lorsque, par notre péché, nous blessons l’alliance avec lui. Même s’il se met en colère, il revient toujours à de bonnes intentions et nous redonne la possibilité de la communion. Des illustrations en sont données dans les livres prophétiques, surtout le livre de Jérémie[1], d’Isaïe[2], d’Osée et d’Ezéchiel. Dans ces derniers livres, Yahvé affirme : « Mon épouse infidèle, je vais la séduire et je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur (…). Il adviendra en ce jour-là que tu m’appelleras « mon mari ». Je te fiancerai à moi pour toujours et je te fiancerai dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et la miséricorde ; je te fiancerai à moi dans la fidélité, et tu connaîtras Yahvé » (Osée 2,16-22). Par ailleurs, il dit : « Moi, je me souviendrai de mon alliance avec toi au temps de ta jeunesse et j’établirai en ta faveur une alliance éternelle » (Ezéchiel 16,60). Les exemples de ce renouvellement d’alliance sont nombreux. Mais le plus définitif est celui que le Christ a vécu avec son Epouse, l’Eglise. C’est à la lumière de cette expérience que le couple chrétien peut trouver lumière et détermination.

Le Christ Epoux, modèle de miséricorde pour le couple

         Dans sa lettre aux Ephésiens, l’Apôtre Paul décrit la relation entre le Christ et l’Eglise sous la forme nuptiale ou conjugale. C’est une conjugalité qui s’est assumée dans le don plénier du Christ Epoux pour son épouse, l’Eglise. Les actes concrets de ce don sont connus. Tout était mis en œuvre pour que l’Epouse soit parée, belle, épanouie, soignée, nourrie, vivante et pétillante de vie. Tous actes qui montrent les signes de la fidélité du Christ à son épouse. Celle-ci n’a pourtant pas répondu par la sienne. Ce n’est pas pour autant que le Christ a renoncé à son amour. L’évangile nous dit : « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout » (Jn 13,1). Cette pérennité de l’amour n’a été possible que dans l’exercice du pardon. Ici encore, l’évangile témoigne quand il rapporte les paroles de Jésus sur la croix : « Pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). Mais avant d’arriver à ce dernier cri de cœur, vital pour le bonheur de son Epouse, d’autres passages montrent le même Christ allant à la recherche de la brebis égarée qu’il finit par porter sur ses épaules, de l’homme tombé au bord du chemin dont il s’est fait le bon samaritain, de la foule affamée qu’il nourrit aussi bien dans le corps que dans l’âme. Sur toute la ligne, il s’est engagé à assumer sa responsabilité envers l’Eglise, l’Epouse, que le Père lui a confiée. Chaque conjoint est aussi l’Epoux ou l’épouse que le Père confie à notre soin. Nous devons l’aimer à la manière du Christ et surtout exercer la miséricorde envers lui pour la vitalité et la survie du couple que nous formons. C’est à cela que l’Apôtre Paul engage le couple quand il affirme : « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé son Eglise et s’est livré pour elle »[3] (Ephésiens 5,25). La raison de cette imitation est connue : C’est que le sacrement du mariage n’est pas neutre. Il constitue l’actualisation de l’amour du Christ pour l’Eglise dans le cadre du couple hétérosexuel qu’on forme. Il y a là une gageure. Seul le Christ lui-même donne la force pour y répondre. Que sa miséricorde s’étende sur la misère des couples pour la transformer en énergie nouvelle de pardon pour leur joie.

 

Abbé Théophile AKOHA

Institut Pontifical Jean-Paul II
pour études sur le mariage et la famille
– Section pour l’Afrique Francophone
.

 

Références bibliographiques

Le pardon, une puissance qui libère (peut être trouvé à la librairie notre Dame)

Anselme GRÜN, Se réconcilier avec soi-même (peut être trouvé à la librairie notre Dame)

John Gray, Mars et Vénus, les chemins de l’harmonie (peut être trouvé à la librairie notre Dame)

 


[1] Cf. Jérémie 31,31-34

[2] Cf. Isaïe 49,15.

[3] Ephésiens 5,25.

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