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Francesco Borghero,
premier missionnaire du Dahomey (1861-1865)

 

Il est indéniable que le Dahomey/Bénin doit son évangélisation en profondeur aux Pères de la Société des Missions Africaines. Toutefois des tentatives ont été menées deux siècles durant qui ont laissé quelque trace de christianisme plus ou moins constante avant l’arrivée des missionnaires de Lyon. Ce sont donc des missionnaires capucins qui ont foulé les premiers les terres dahoméennes.
Toutes les tentatives tant officielles qu’individuelles pour amorcer l’évangélisation du territoire de la République du Bénin sont restées sans suite à cause des intrigues politiques et économiques menées sur le terrain par les occidentaux contre les missionnaires. Ces commerçants peu scrupuleux en effet redoutent que l’annonce de la Bonne Nouvelle ne rende libres les populations au grand dam de leurs intérêts. Un autre facteur de cet échec est celui du climat peu salubre et intolérant aux missionnaires. Mais Jean BONFILS, historien de l’évangélisation du Bénin atteste la collaboration relativement bonne des autorités autochtones : « Nous devons relever également le bon accueil que firent de façon générale les autorités locales aux missionnaires étrangers, ou au moins la liberté qu’elles leur laissèrent pour remplir leur mission. Si ces derniers eurent parfois quelques difficultés, ce fut à cause d’autres étrangers, anglais, français ou hollandais, manifestement plus préoccupés de leur commerce que de l’annonce de l’Evangile » .
Telles furent, conclut le Père DUPUY – historien-, « si l’on s’en tient aux documents sûrs, le déroulement et le bilan, guère positif, des tentatives d’évangélisation déployées au XVII e siècle, dans certains royaumes du Golfe du Bénin » . Pendant tout le XVIIIe siècle, le territoire du Dahomey/Bénin connaît un vide missionnaire marqué cependant par la présence de prêtres aumôniers français du fort Saint-Louis de Ouidah qui, non seulement ne s’occupent pas de l’évangélisation des populations environnantes, mais s’adonnent parfois aux mêmes activités que l’équipage dont ils sont supposés avoir la charge spirituelle.

C’est la période de 1860 à 1960 que couvre la Mission canonique de l’évangélisation du Dahomey/Bénin par les pères de la SMA que nous essayons de parcourir dans ce travail.

 

CHRONOLOGIE L’EVANGELISATION DU DAHOME/BENIN PAR LES MISSIONNAIRES DE LA SMA DE 1860 à 1960

1860: - 28 août, Rome érige le Vicariat Apostolique du Dahomey. La Mission du Dahomey/Bénin est accordée au Père PLANQUE, continuateur de l’œuvre de Monseigneur de Marion-BRESILLAC.
- 2 décembre 1860, le père Francesco Borghero est nommé par Rome supérieur « ad interim» du Vicariat apostolique du Dahomey avec résidence à Ouidah et de ce fait, chef de mission.
1861: - 5 janvier, les trois premiers missionnaires SMA embarquent pour le Dahomey.
- 18 avril, deux seulement débarquent sur les côtes de Ouidah.
- 18 novembre, le Père BORGHERO reçoit la recarde du roi, signe de son invitation.
- 22 novembre il part en hamac avec dix hamacaires à sa disposition.
1862 : - 15- 16 janvier, le roi reçoit le Père BORGHERO tard dans la nuit.
-10 février, ouverture de la première école de la mission avec plus de 150 enfants inscrits.
1883 : - 24 juin, le pape Léon XIII érige la Préfecture apostolique du Dahomey et le Père Ménager est nommé Préfet Apostolique.
- 26 juin, le Vicariat Apostolique de la côte du Bénin donne naissance par division à une autre juridiction, le Vicariat Apostolique du Bénin comportant quatre missions principales : Lagos, Porto-Novo, Tokpo et Abéokuta.
1895 : 14 septembre, le Père BRICET nommé préfet à la mort du Père LECRON va conduire la préfecture à son nouveau statut de vicariat en 1901.
1901 : - 15 mai, nouveau vicariat du Dahomey avec les limites actuelles du pays ;
- 25 mai, le Père DARTOIS, est nommé évêque titulaire de Temnos et Vicaire Apostolique du Dahomey. Il est ordonné évêque le 25 juillet à la cathédrale de Cambrai.
1905 : 5 avril, Monseigneur DARTOIS meurt subitement à Ouidah.
1906 : - en mars, le Père STEINMETZ, visiteur nommé de la SMA au Dahomey succède à Monseigneur DARTOIS.
- 28 octobre, Monseigneur STEINMETZ est sacré évêque e dans la basilique Notre-Dame de Fourvière.
1909 : 9 mai, la cathédrale de Ouidah est consacrée et dédiée à Marie Immaculée, patronne de la ville.
1914 : 17 février, Monseigneur STEINMETZ ouvre le séminaire Sainte- Jeanne d’Arc de Ouidah, avec le Père Antonin Gauthier, comme premier supérieur.
1917 : Fermeture du séminaire par manque de professeurs à cause de la guerre.
1920 : 15 avril, réouverture du séminaire après la grande guerre avec le Père Louis PARISOT comme recteur.
1928 : 15 août, ordination sacerdotale de l’abbé Thomas MOULERO, premier prêtre du Dahomey.
1929 : Monseigneur STEINMETZ est fait officier de la légion d’honneur au titre du Ministère des Colonies.
1934 : 23 septembre, Monseigneur STEINMETZ donne sa démission et demande la nomination de son successeur. Le Père PARISOT, supérieur du séminaire est nommé pour lui succéder.
1935 : 28 octobre, Monseigneur PARISOT est sacré évêque à la cathédrale de Dijon.
1936 : 14 février, Monseigneur PARISOT prend possession du vicariat.
1942 : 28 avril, érection de la préfecture du Niger par division du vicariat du Dahomey.
1948 : 13 mai, érection de la préfecture de Parakou avec Monseigneur FAROUD nommé Préfet Apostolique.
1954 : 14 septembre, le vicariat de Dahomey devient Vicariat Apostolique de Ouidah, et le Vicariat Apostolique de Porto-Novo est créé avec Monseigneur PARISOT comme administrateur apostolique du nouveau vicariat.
1955 : 14 septembre, le vicariat de Ouidah devient archidiocèse de Cotonou et celui de Porto-Novo devient diocèse. Monseigneur PARISOT est installé archevêque de Cotonou.
1958 : - 6 juillet, Monseigneur Noël BOUCHEIX (sma) est nommé premier évêque de Porto-Novo
- 11 décembre, intronisation de Monseigneur BOUCHEIX.
1960 : - Le 5 janvier 1960/ démission de Mgr Parisot du siège métropolitain de Cotonou et nomination de Mgr Gantin, premier archevêque noir de l’AOF.
- le 17 mars 1960 en la cathédrale Notre Dame de Miséricorde de Cotonou Mgr Gantin est intronisé par Monseigneur Maury, délégué apostolique.

- 1er août, accession du Dahomey à la souveraineté internationale.

Au demeurant, l’évangélisation du Dahomey/Bénin a progressé lentement jusqu’à sa maturation canonique traversant les différentes étapes des structures ecclésiales, de la Mission aux diocèses passant par la préfecture et le vicariat. Après la grande guerre, les efforts des missionnaires se concrétisent dans le sud et le centre du pays par une consolidation des missions existantes qui voient leurs stations secondaires se démultiplier.

Dans l’ensemble l’évangélisation s’enracine au Dahomey/Bénin grâce à la scolarisation de l’enfance et de la jeunesse qui permet aux missionnaires de trouver parmi les chrétiens des interprètes et des catéchistes qui les soutiennent dans leur tâche. Ainsi, affirme Jérôme ALLADAYE, « avec des écoles catéchétiques et primaires, des centres de formation professionnelle, des collèges, aucun secteur de l’enseignement n’échappait aux missionnaires catholiques au Dahomey »[1]. L’enseignement privé catholique est donc de loin le plus important et occupe la première place dans l’œuvre scolaire coloniale. On peut alors entrevoir quels soins les Pères prennent à la fondation du clergé autochtone et combien les premières ordinations de prêtres autochtones accroissent l’avancée de l’évangélisation vers le haut du Dahomey et permettent de couvrir tout le territoire. En somme l’Eglise du Dahomey atteint sa pleine majorité en passant aux mains du clergé autochtone[2], et le dynamisme de son action la fait rayonner au-delà de ses frontières.

Sur le plan politique, la colonie du Dahomey obtient son indépendance au moment où la hiérarchie ecclésiastique est aux mains du clergé autochtone. L’année 1960, « fut donc pour les catholiques dahoméens l’année de passage de leur gouvernement matériel et spirituel entre les mains de leurs frères de race. Evêques et prêtres locaux apportèrent leur soutien et prodiguèrent des conseils aux laïcs à la tête du nouvel Etat, afin qu’ils s’employassent à construire un Dahomey fidèle aux enseignements de l’Eglise »[3]. Néanmoins les avatars de l’Eglise avec le Gouvernement révolutionnaire du Dahomey/Bénin vont nous démontrer le contraire. Mais, c’est tout un autre sujet de l’histoire de l’Eglise au Dahomey après les indépendances.

Telle a été l’origine de l’œuvre des pères de la Société des Missions Africaines chez nous. Aujourd’hui nous rendons grâce à Dieu pour tous ces vaillants agents de la stabilisation de la foi des premiers groupuscules de chrétiens chez nous et de l’évangélisation de notre pays. L’Eglise famille de Dieu au Bénin, et toute la Nation béninoise leur rendent « un hommage mérité pour cet amour déployé au quotidien dans l’abnégation, l’endurance et la foi en un avenir meilleur… L’héritage est grand, riche et précieux»[4].

 

Père Jullien ZOSSOU, pss

Historien

NB : Cette présentation est une synthèse de l'histoire de l'évangélisation du Dahomey/Bénin de 1860 à 1960 par les Pères SMA. On pourrait télécharger ici l'intégralité du texte du Père du Julien ZOSSOU.

 

[1] - Jérôme C. ALLADAYE, Le catholicisme au pays du vodun, Cotonou, Les Editions du Flamboyant, 2003, p. 203.

[2] - Cf. La bulle de la passation de l’archidiocèse de Cotonou aux mains du clergé autochtone. Appendice 2.

[3] - J. ALLADAYE, Le catholicisme au pays du vodun…, p. 240.

[4] - Homélie de Mgr Antoine Ganyé, Président de la CEB, à l’ouverture du Jubilé des 150 ans d’évangélisation, Agoué le 18 avril 2010.

 

 

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