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Mgr Eugène Cyrille  HOUNDEKON, Evêque d'Abomey et vice-Président de la Conférence Episcopale du Bénin

 

Après dix ans d’épiscopat sur le siège d’Abomey, Monseigneur Eugène Cyrille HOUNDEKON, se prononce sur le chemin parcouru et les difficultés rencontrées ; il entrevoit l’avenir avec optimisme et espérance.

1- Excellence Monseigneur Eugène Cyrille HOUNDEKON, toute l’Eglise de Dieu au Bénin se réjouit et de façon spéciale l’Eglise particulière d’Abomey pour vos noces d’étain épiscopales. Que vous inspire une telle célébration ?


Cette célébration m’inspire moins un élan de jubilation que le sentiment filial d’un cœur débordant de reconnaissance pour les innombrables grâces d’accompagnement, en vue de l’initiation et de l’apprentissage de la charge épiscopale. Celle-ci est une mission qui se reçoit sans une préparation préalable. Cette célébration suscite en moi la gratitude pour l’Assistance divine qui ne m’a jamais fait défaut, en raison de la culture de l’esprit d’abandon et en vertu de ma conviction intime que c’est le Christ qui demeure le véritable Evêque d’Abomey et que j’entends exercer ma charge par procuration de sa part, en cherchant autant que possible à me recevoir de Lui. Cette même célébration me permet d’évaluer combien j’ai été amené à remplir cette mission comme un nouveau commencement de vie sacerdotale, une autre manière de prendre part à la sollicitude pour toute l’Eglise et tout particulièrement comme une soumission à l’action du Saint Esprit, en vue de communier avec Jésus-Christ pour la manifestation de l’Amour du Père Eternel. Je souhaite que la journée d’action de grâce du  jour d’incidence s’achève par une heure d’adoration.

 

2- Au regard des dissidences et des confusions que sèment certains groupes religieux dans le monde et spécialement au Bénin sur la fonction épiscopale, il importe de repréciser ce qu’est un évêque dans l’Eglise. Et après cet exercice sur les grands traits de cette noble charge ecclésiale, dites-nous, Excellence Monseigneur, ce qui fait la Joie d’un Evêque.

De nos jours comme par le passé des groupes religieux ou soi-disant religieux prétendent créer la fonction épiscopale, en banalisant ou en feignant d’ignorer aussi bien la Sainte Ecriture que la Tradition bimillénaire de l’Eglise. Cette situation de fait se reproduit parfois de notre temps dans quelques continents, et particulièrement en Europe, en Amérique du Nord, en Asie et en Afrique. Même au Bénin, nous avons été peinés et honnis, au plan national comme international, avec le développement du phénomène de Sovidji-Banamè qui s’est déclenché dans les rangs de l’Eglise catholique romaine de façon imperceptible et que notre discernement commun a vite fait de démasquer comme une déviation d’allure sectaire. Finalement, au bout de deux ans de réflexions et d’analyses avec tous les organes diocésains de collaboration et l’implication des laïcs, puis guidés par la lumière de l’Evangile, de la foi et de l’histoire de l’Eglise, j’ai pu mûrir une ferme décision d’ordonner la fin de la confusion et  l’interdiction de la double appartenance. De surcroît, avec l’investiture de l’épiscopat dénuée de tout fondement et le schisme survenu en novembre 2012, j’ai dû porter un décret d’excommunication à l’encontre de mon prêtre, l’Abbé Mathias VIGAN et d’une de mes fidèles laïques, la jeune femme Vicentia Tadagbé TCHRANVOUKINNI dite Parfaite que j’avais bien auparavant convoquée, au CEMOLA, à Bohicon, devant le Collège des Consulteurs d’Abomey pour lui adresser un avertissement sévère. Cet exemple concret basé sur un phénomène qui s’est produit sous nos yeux et sous notre autorité, permet de rappeler que pour instituer un
Evêque, la simple déclaration par une personne non habilitée et l’usurpation blasphématoire du Saint Nom de Dieu sont nulles et impuissantes. En effet, comme nous l’enseigne l’Epître aux Hébreux : « Nul ne s’arroge à soi-même cet honneur, on y est appelé par Dieu, absolument comme Aaron » (Heb. 5, 4). En termes clairs, la fonction épiscopale est une mission confiée par Jésus-Christ au groupe des douze Apôtres en vue du salut et d’extension du Règne de Dieu par l’annonce de la Bonne Nouvelle et le pouvoir dont il les a investis. Dès lors, pour perpétuer cette mission du salut confiée par le Christ jusqu’à la fin du monde, les Apôtres ont transmis leurs charges et leur pouvoir à des collaborateurs déterminés, par l’imposition des mains devenue consécration épiscopale. Dès lors, par institution divine, les Evêques ont pris la succession des Apôtres. Alors l’Eglise est passée du Collège apostolique dirigé par Pierre au collège épiscopal dirigé par le Pape, successeur de Pierre. Désormais, tout Evêque nommé et ordonné légitimement est placé dans une lignée de succession apostolique. Quand un Evêque est ordonné, le Siège Apostolique lui envoie de Rome, à partir de l’Evêque consécrateur principal, la succession de tous les Evêques ordonnés jusqu’à remonter à l’Apôtre ayant imposé les mains pour transmettre la mission apostolique. Ainsi donc, la fonction épiscopale s’exerce en vertu d’une institution divine voulue par Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, envoyé par Dieu le Père, et qui a accompli sur la Terre sainte d’Israël sa mission de Rédempteur du Monde, à une période bien déterminée de l’histoire de notre humanité.

 

3-Dans toute nouvelle charge épiscopale, le nouvel Evêque fait face à de nombreux enjeux pastoraux. En ce qui vous concerne, quel a été le premier défi crucial qui vous a été exposé ? Et comment l’avez-vous relevé ?

Dans le contexte des échanges sur les priorités pastorales avec les organes de collaboration, il a été signalé que les travaux de l’Eglise catholique au Bénin pour la traduction du Nouveau Testament en fongbé, avaient duré plus de trente ans  et qu’il était à la fois important et urgent de reconstituer une nouvelle équipe de traducteurs pour finaliser les travaux le plus tôt possible. Sans tarder, j’ai examiné cette préoccupation pastorale et perçu son impact majeur pour une grande extension de l’apostolat biblique. C’est indispensable pour une large éclosion de la foi catholique. Ainsi donc, au début de l’année pastorale 2008-2009, après des renseignements minutieux sur le travail effectué jusque-là, j’ai constitué une nouvelle équipe chargée de se réunir 48 heures par semaine et de mener à bien les travaux dans un délai d’un an. Les derniers acteurs de cette œuvre primordiale étaient Mr Mathias AGBAKPONTO, catéchiste chevronné de regrettée mémoire et les Pères Joseph BABATOUNDE, Théophane HOUETCHENOU, Samuel AGLIGAN, Théodore HOUEHOU, Hervé TONOU et Sosthène GODJO. Par la grâce de Dieu, la première version catholique complète du Nouveau Testament en fongbé fut passée sous les presses par l’imprimerie Notre Dame de Cotonou, puis publiée le 30 novembre 2009, par les soins du CATEL au nom du Diocèse d’Abomey. En effet, comme la diffusion de la Parole de Dieu en langue locale est inséparable des activités d’alphabétisation, j’avais institué le Centre d’Alphabétisation, de Traduction et des Langues (CATEL), pour accompagner et soutenir l’apostolat biblique et ouvrir l’accent à la culture religieuse à travers les documents officiels de l’Eglise et les autres sources de connaissance.

 

4-La vie d’un évêque est bien déterminée par sa devise. Quels sentiments vous animent, Excellence Monseigneur, dix ans après votre sacre épiscopal avec votre devise « Operemur bonum ad omnes » (Travaillons pour le bien de tous) ?

A ce sujet, vous faites vraiment preuve de clairvoyance. De fait, ma devise épiscopale « Operemur bonum ad omnes » est restée constamment le fil conducteur et le moteur tant de mes pensées que de mes actions tout au long des dix années écoulées au siège épiscopal d’Abomey. Cette devise contient en filigrane une conviction qui repose sur un enseignement des Pères du Concile Vatican II : l’Eglise considérée comme Communion. C’est le Christ, principe et fondement de l’Eglise qui est le lien de tous les baptisés qui forment un seul « corps » avec Lui. C’est Lui qui, par la même image du « corps »,  inspire la collaboration des Evêques entre eux et avec le Successeur de Pierre, dans l’unité de foi et d’amour. De même l’évêque est appelé, à son niveau, à devenir le principe de l’unité dans son Eglise particulière, en promouvant la même foi au Dieu Un et Trine révélé en plénitude par Jésus-Christ, et en favorisant la collaboration ecclésiale avec son Presbyterium et les autres fidèles du Christ dans un esprit de communion. C’est une œuvre commune portée principalement par le goût et la passion du travail, en tenant compte des conditions humaines diverses, de chaque état de vie et des compétences de chacun.

Voilà ce à quoi j’ai tenté de m’atteler en insistant sur l’accueil de tous sans acception de personnes, en valorisant les minorités ethniques ou linguistiques comme les Hli du doyenné de Ouinhi qui disposent désormais d’une Chapelle bien construite à Ganhoumè et qui bénéficient de la traduction en langue Yorouba durant la session annuelle de formation au Quasimodo. Dans la même ligne, une fête a été instituée pour chaque chorale linguistique dans le diocèse et une action soutenue a été menée, non sans résistance, pour parvenir à susciter une plus vive conscience de l’égalité de tous les baptisés en droit et devoir, surtout au sein de la pluralité des chorales liturgiques.

Dans la poursuite du bien de tous, des centaines de handicapés corporels comme mentaux du diocèse bénéficient chaque année, depuis 2011, d’une journée de convivialité autour d’un repas fraternel agrémenté de chants, de sketchs et de distributions de dons. Sans être exhaustif, mentionnons aussi que la recherche du bien de tous a conduit à une diversification de choix dans l’envoi des prêtres aux études ou aux missions ailleurs, puis aux institutions suivantes qui ont bien pris corps selon les catégories de personnes : la coordination de la femme catholique, la coordination de l’homme catholique, le groupe Feu nouveau des jeunes pour la prière et les camps missions, la coordination de l’enfance missionnaire, la coordination des personnes du grand Age ou la Vie montante. Il n’est pas superflu de souligner la mise à disposition des portions de terre de nos fermes diocésaines à des groupes d’adultes et de jeunes qui désirent valoriser le travail agro pastoral, en vue de gagner dignement leur vie et de soutenir aussi leurs activités paroissiales ou diocésaines.

5-  En cette année 2018, le diocèse d’Abomey célébrera aussi les cinquante cinq ans de son érection en même temps que le dixième anniversaire de décès de son premier évêque, Mgr Lucien MONSI AGBOKA. En observant les différents plans pastoraux que vous avez mis en œuvre, quel regard d’espérance posez-vous sur le diocèse d’Abomey ?

C’est au 5 avril 2018 que le Diocèse d’Abomey accomplira les cinquante cinq ans de son érection par le saint Pape Jean XXIII. Dès le début de l’année pastorale, tous nos organes de collaboration se sont bel et bien penchés sur cette érection historique qui nous a valu notre nouveau statut d’Eglise particulière. L’anniversaire ne passera pas inaperçu et une Messe pontificale est prévue au jour exact où l’Eglise honore le saint dominicain Vincent Ferrier. En général, nous avons convenu de relier cet anniversaire avec la commémoration de la  Dixième année du décès du Premier Evêque du Diocèse, Mgr Lucien MONSI AGBOKA. Celui-ci fut un pionnier infatigable pour donner au diocèse son image de nouvelle Eglise particulière, à travers la création de nouvelles paroisses, les infrastructures adéquates, l’acquisition des terrains nus ou bâtis, la promotion de l’éducation féminine et masculine et le développement prodigieux des œuvres sociales. En hommage à ce prélat valeureux, les ordinations sacerdotales du début des vacances auront lieu, le samedi 21 juillet 2018, date anniversaire de son sacre. De même, pour perpétuer sa mémoire et faire de lui un modèle de foi agissante, le diocèse a formé un projet de statue à son effigie. L’emplacement public a été déterminé en accord avec la Commune d’Abomey. Pour ma part, pour la vie diocésaine d’Abomey, je suis optimiste et porté par une Espérance joyeuse fondée sur la grâce de l’Esprit à l’œuvre, compte tenu de nos différents plans pastoraux axés sur la poursuite de l’alphabétisation obligatoire au catéchisme, la relance de la formation des catéchistes, la légère augmentation des apprenants au Centre d’Etudes Religieuses et Théologiques (CERET), le Programme annuel de prière et de formation du Renouveau Charismatique Catholique du diocèse, l’amélioration graduelle de la mise en œuvre du Manuel de procédures administrative, budgétaire, comptable et financière, la généralisation du fonctionnement effectif du Conseil Paroissial pour les Affaires Economiques (CPAE), la redynamisation en cours des actions communes des Ecoles catholiques sous la Direction diocésaine de l’Enseignement catholique, la bonne organisation et les perspectives futures de la Commission diocésaine de santé,  la première réalisation professionnelle en 2018 d’un Plan de campagne en agriculture intégrée, la reprise prochaine de l’Ecole de danse, puis la finalisation des préparations devant déboucher, vers fin février 2018, à l’ouverture de l’« Académie de musique Ste Marie Reine des Anges », en vue de la formation professionnelle en musicologie au bénéfice des adultes, des jeunes et des enfants.


6-Excellence Monseigneur, en vous disant un sincère et profond merci pour cette interview accordée, nous quêtons votre mot de fin.

J’invite tous les fidèles du Christ à rendre constamment hommage au Seigneur Dieu, Maître de la vie et de l’histoire, et à le remercier pour cette année 2018, riche en occasion multiple de rassemblements diocésains d’action de grâce et de commémoration de mémoires collectives. En nous gratifiant de l’opportunité d’ordination au presbytérat de l’Abbé Laurent HESSOU, Dieu nous procure grâce sur grâce et nous rassure de la continuité des effets de sa résurrection sur l’Eglise Famille de Dieu à Abomey. Je recommande à toutes et à tous la confiance en la Providence divine et je porte toutes les intentions particulières des fidèles du Christ et des personnes de bonne volonté au cœur de l’Eucharistie du dixième anniversaire d’épiscopat. Veuillez prier aussi pour ma modeste personne de serviteur du Christ pour le bien de tous.

Interview réalisée par l’Abbé Bertrand GBLADJA,

Vicaire à la Cathédrale d’Abomey

 

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