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Croix

Photo : Eric OKPEITCHA

Usage de la crucifixion

En usage chez les Perses et d’autres peuples barbares, le supplice de la croix est probablement arrivé à Rome depuis Carthage par le biais des guerres puniques (IIIe siècle av. notre ère). Il y est attesté en tout cas par l’écrivain Plaute (250-184) dans plusieurs de ses comédies (La Cassette, Le Soldat fanfaron, Les Ménechmes…). Plus tard, Cicéron en parle comme du « supplice le plus cruel et le plus infâmant qu’on inflige à des esclaves » (Contre Verrès, 5, 64 ; vers 71 av. notre ère).

La croix est originellement une peine de type politique, qui châtie les chefs militaires vaincus aussi bien que les sujets trop remuants ou prêts à la révolte. On l’utilise aussi en cas de révolte massive. Ce fut le cas pour la répression de la rébellion des esclaves menée par Spartacus en Italie du sud en 71 av. notre ère. Ce fut également le cas lors de la prise de Jérusalem en 70 de notre ère ; Flavius Josèphe raconte comment des Juifs furent crucifiés en grand nombre alors qu’ils tentaient de sortir de la ville. Il note d’ailleurs que « leurs souffrances paraissaient pitoyables à Titus » (Guerre des Juifs, LV, 11, 1). Les révoltés ici comme ailleurs sont considérés non comme des « ennemis » (hostes) mais bien plutôt comme des « brigands » (latrones ; en grec lêstai). Les gouverneurs des provinces romaines avaient un pouvoir de coercition, qui les autorisait à prendre toutes les mesures qu’ils jugeaient nécessaires pour maintenir l’ordre public.

Chez les Romains, la croix reste cependant le supplice des peregrini (« étrangers ») et des esclaves. Bien après Cicéron, sous la plume de Tacite, vers 110 de notre ère, le servile supplicium est synonyme de crucifixion : « malam potentiam servili supplicio expiavit » (« on lui fit expier l’abus de son pouvoir par le supplice des esclaves », Annales IV, 11, 3). Selon le même auteur, il y avait à Rome un « lieu particulier pour les peines réservées aux esclaves » (« locus servilibus poenis sepositus » ; Annales XV, 60, 1) et on peut penser qu’il en était ainsi dans toutes les grandes cités des provinces romaines, y compris Jérusalem.

L’empereur Galba, en 69 de notre ère, étend la peine de la croix jusqu’aux citoyens inférieurs (humiliores) mais, sous Hadrien, empereur de 117 à 138, des lois réglementent son usage et nul ne peut subir le supplice de la croix sans la sentence d’un tribunal.

– L'instrument du supplice

À l’origine, le terme « croix » (crux en latin ; stauros en grec) désigne un poteau vertical (voire un arbre) sur lequel on attache ou on cloue un homme. Ce n’est que progressivement qu’elle prend la forme que nous lui connaissons. La partie verticale était plantée en terre en permanence. Parvenus au lieu du supplice, les condamnés étaient d’abord attachés à la partie horizontale (nommée patibulum), qu’ils avaient souvent traînée depuis le lieu de la condamnation, comme ce fut le cas pour Jésus. Les deux parties étaient ensuite rassemblées, soit en forme de T (crux commissa ou summissa), soit en forme de ce qu’aujourd’hui nous nommons « croix latine » à quatre branches (crux immissa ou capitata).

Les clous n’étaient pas enfoncés dans les paumes des mains, qui se seraient déchirées, mais dans les poignets. Les pieds ne reposent pas sur un socle de bois mais sont joints latéralement et traversés par un long clou. La mort est en général longue à venir. Elle n’est pas provoquée directement par les blessures mais par asphyxie. Le corps est entraîné par son propre poids et le supplicié doit alors faire un effort pour se redresser. La position devenant vite insoutenable, le malheureux retombe et suffoque. L’agonie est aussi longue qu’atroce. Certains parmi les 6000 crucifiés de la révolte de Spartacus ont résisté plusieurs jours.

Selon le témoignage des évangiles, la mort de Jésus a été particulièrement rapide. Les deux malfaiteurs qui l’entourent sont encore vivants au moment du coucher du soleil, ce qui explique que les soldats romains leur brisent les jambes. D’après Dt 21,22 (voir p. 00) en effet, un supplicié ne peut passer la nuit sur le bois. Le crucifragium (« fracture des jambes ») entraîne une rapide asphyxie et apparaît parfois comme une mesure de clémence puisqu’il abrège les souffrances du supplicié.


Jean-François Baudoz, Cahier Évangile n° 166, Le mystère de la croix, p. 4-5.
 
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