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 La foi en Jésus-Christ, c’est sérieux. Evitons de vivre un christianisme dilué, émotionnel, syncrétique. Le Christ crucifié ce n’est pas de la plaisanterie. Imaginez que quelqu’un ajoute de l’eau dans le "tchouk" (bière locale artisanale) que vous lui offrez, tout le monde pensera qu’il n’est pas normal. Et s’il délayait dans le "tchouk" de l’akassa, en ajoutant le beurre de Karité et du sel, que dirait-on de lui ? De même, la foi en Jésus-Christ ne se dilue pas. Elle ne supporte pas de mélange. "Que la Croix du Christ soit notre seule fierté". Pour ce temps de carême, je recommande deux textes du Nouveau Testament : la méditation des béatitudes (Mt 5, 3-12) et le jugement dernier dans Mathieu chapitre 25. En faisant ainsi, je vous pousse à lire quelques extraits tirés de l’Exhortation apostolique du Pape François "Gaudete et Exsultate". "La carte d’identité du chrétien" ce sont les béatitudes. Devenir saint, c’est la vocation de tout le monde. C’est l’unique condition pour être des missionnaires authentiques et audacieux. Convertissons-nous et le Bénin vivra.

mons nkoue arcivescovo

Mgr Pascal N'KOUE, Archevêque de Parakou

 

« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu ».

87. Cette béatitude nous fait penser aux nombreuses situations de guerre qui se répètent. En ce qui nous concerne, il est fréquent que nous soyons des instigateurs de conflits ou au moins des causes de malentendus. Par exemple, quand j’entends quelque chose de quelqu’un, que je vais voir une autre personne et que je le lui répète ; et que j’en fais même une deuxième version un peu plus étoffée et que je la propage. Et si je réussis à faire plus de mal, il semble que cela me donne davantage de satisfaction. Le monde des ragots, fait de gens qui s’emploient à critiquer et à détruire, ne construit pas la paix. Ces gens sont au contraire des ennemis de la paix et aucunement bienheureux [73][1].

88. Les pacifiques sont source de paix, ils bâtissent la paix et l’amitié sociales. À ceux qui s’efforcent de semer la paix en tous lieux, Jésus a fait une merveilleuse promesse : « Ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9). Il a demandé à ses disciples de dire en entrant dans une maison : « Paix à cette maison ! » (Lc 10, 5). La Parole de Dieu exhorte chaque croyant à rechercher la paix ‘‘en union avec tous’’ (cf. 2 Tm 2, 22), car « un fruit de justice est semé dans la paix pour ceux qui produisent la paix » (Jc 3, 18). Et si parfois, dans notre communauté, nous avons des doutes quant à ce que nous devons faire, « poursuivons donc ce qui favorise la paix » (Rm 14, 19), parce que l’unité est supérieure au conflit.

89. Il n’est pas facile de bâtir cette paix évangélique qui n’exclut personne mais qui inclut également ceux qui sont un peu étranges, les personnes difficiles et compliquées, ceux qui réclament de l’attention, ceux qui sont différents, ceux qui sont malmenés par la vie, ceux qui ont d’autres intérêts. C’est dur et cela requiert une grande ouverture d’esprit et de cœur, parce qu’il ne s’agit pas d’« un consensus de bureau ou d’une paix éphémère, pour une minorité heureuse » ni d’un projet « de quelques-uns destiné à quelques-uns ». Il ne s’agit pas non plus d’ignorer ou de dissimuler les conflits, mais « d’accepter de supporter le conflit, de le résoudre et de le transformer en un maillon d’un nouveau processus ». Il s’agit d’être des artisans de paix, parce que bâtir la paix est un art qui exige sérénité, créativité, sensibilité et dextérité.

Semer la paix autour de nous, c’est cela la sainteté !

« Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux ».

91. Pour vivre l’Évangile, on ne peut pas s’attendre à ce que tout autour de nous soit favorable, parce que souvent les ambitions du pouvoir et les intérêts mondains jouent contre nous. Saint Jean-Paul II disait qu’« une société est aliénée quand, dans les formes de son organisation sociale, de la production et de la consommation, elle rend plus difficile la réalisation [du] don [de soi] et la constitution de [la] solidarité entre hommes ». Dans une telle société aliénée, prise dans un enchevêtrement politique, médiatique, économique, culturel et même religieux qui empêche un authentique développement humain et social, il devient difficile de vivre les béatitudes, et cela est même mal vu, suspecté, ridiculisé.

92. La croix, en particulier les peines et les souffrances que nous supportons pour suivre le commandement de l’amour et le chemin de la justice, est une source de maturation et de sanctification. Rappelons-nous que, lorsque le Nouveau Testament parle des souffrances qu’il faut supporter pour l’Évangile, il se réfère précisément aux persécutions (cf. Ac 5, 41 ; Ph 1, 29 ; Col 1, 24; 2 Tm 1, 12 ; 1 P 2, 20 ; 4, 14-16 ; Ap 2, 10).

93. Mais nous parlons des persécutions inévitables, non pas de celles que nous pouvons causer nous-mêmes par une mauvaise façon de traiter les autres. Un saint n’est pas quelqu’un de bizarre, de distant, qui se rend insupportable par sa vanité, sa négativité et ses rancœurs. Les Apôtres du Christ n’étaient pas ainsi. Le livre des Actes rapporte avec insistance que ceux-ci jouissaient de la sympathie « de tout le peuple » (2, 47 ; cf. 4, 21.33 ; 5, 13), tandis que certaines autorités les harcelaient et les persécutaient (cf. 4, 1-3 ; 5, 17-18).

94. Les persécutions ne sont pas une réalité du passé, parce qu’aujourd’hui également, nous en subissons, que ce soit d’une manière sanglante, comme tant de martyrs contemporains, ou d’une façon plus subtile, à travers des calomnies et des mensonges. Jésus dit d’être heureux quand « on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie » (Mt 5, 11). D’autres fois, il s’agit de moqueries qui cherchent à défigurer notre foi et à nous faire passer pour des êtres ridicules.

Accepter chaque jour le chemin de l’Évangile même s’il nous crée des problèmes, c’est cela la sainteté !

LE GRAND CRITERE

95. Dans le chapitre 25 de l’Évangile selon Matthieu (vv. 31-46), Jésus s’arrête de nouveau sur l’une des béatitudes, celle qui déclare heureux les miséricordieux. Si nous recherchons cette sainteté qui plaît aux yeux de Dieu, nous trouvons précisément dans ce texte un critère sur la base duquel nous serons jugés : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir » (25, 35-36).

 

Pape François, Gaudete et Exsultate sur l’Appel à la sainteté.

 


[73] La diffamation et la calomnie sont comme un acte terroriste : on jette la bombe, on détruit, et l’agresseur reste heureux et tranquille. C’est très différent de la grandeur d’âme de celui qui s’approche pour discuter face à face, avec une sincérité sereine, en pensant au bien de l’autre.

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