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A l'occasion de Carême 2019, les Evêques du Bénin ont adressé aux fidèles catholiques, aux hommes et aux femmes de bonne volonté une Lettre pastorale, intitulée "LA VERITE VOUS RENDRA LIBRES (Jn 8, 32).

 

 

Les Evêques du Bénin

 

    I-Contexte de la Lettre pastorale

Le contexte de cette Lettre pastorale est celui de l’entrée en carême. Pour les chrétiens catholiques, le carême est un temps fort qui s’étale sur une durée de 40 jours pendant lesquels, ils sont instamment invités à se détourner du péché par le jeûne, la prière et l’aumône afin de célébrer le mystère pascal, c’est-à-dire la Passion-Mort-Résurrection du Christ dans la joie d’un cœur purifié.

Au début du carême, les Pasteurs de l’Eglise (le Pape, les Evêques) envoient des exhortations aux chrétiens pour qu’ils vivent bien ce temps de grâce. Le Pape François a envoyé un Message aux chrétiens du monde entier intitulé : « La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu » (Rm 8,19) où il a montré comment le péché rompt la communion de l’homme avec Dieu mais aussi avec la Création de sorte que le « Jardin d’Eden » initial et voulu par Dieu se transforme aujourd’hui en « désert » car l’homme s’érige en chef et dieu de la création pour l’asservir, la détruire…

Les Evêques du Bénin pour leur part, ont aussi adressé aux fidèles catholiques et aux personnes de bonne volonté des exhortations pour le temps de carême sous le format d’une Lettre Pastorale intitulée « La vérité vous rendra libres ». (Jn 8,32)

 

II- Titre de la Lettre pastorale

Comme vous pouvez aisément le deviner, le titre de cette Lettre n’est ni anodin ni le fruit d’un hasard. Il s’inspire de la situation actuelle de notre pays mais aussi de nos relations interpersonnelles en communauté chrétienne, en famille marquées par une crise profonde de la vérité. Le passage biblique qui a donné le titre est extrait de l’évangile selon saint Jean, du mercredi de la 5ème semaine de Carême : « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres ». (Jn 8,31-32

 

III- Plan et destinataires de la Lettre pastorale

La lettre est divisée en quatre parties, comprenant chacune trois sous-parties.

Introduction

1. « Si vous demeurez fidèles à ma Parole »

1.1. Au commencement était la Parole de Dieu.

1.2. Le Seigneur veut nous parler personnellement

1.3. Demeurer fidèle à la Parole de Dieu.

2. « Vous êtes vraiment mes disciples »

2.1. Être vraiment disciple du Christ

2.2. Être disciple du Christ dans la cité

2.3. Être disciple engagé du Christ

3. « Alors vous connaîtrez la vérité »

3.1. Face à la crise de vérité

3.2. Connaître la vérité en Jésus Christ

3.3. Connaître la vérité du politique

4. « Et la vérité vous rendra libres. »

4.1. Le droit divin de toute personne à la liberté

4.2. Eviter toute atteinte injuste à la liberté

4.3. L’option pour le bien rend libre

Conclusion

Quant aux destinataires, ils sont cités dès l’entame de la Lettre :« Frères et sœurs en Christ, Fils et filles bien-aimés de Dieu, Hommes et femmes de bonne volonté ! »

       III- Synthèse de la Lettre pastorale

Le carême est un temps de grâce, un temps de conversion, de renouvellement intérieur où le chrétien est invité à mieux écouter la Parole de Dieu qui est vérité. En effet, Dieu veut parler personnellement à chaque chrétien, à chaque chrétienne, à chaque peuple dans sa situation existentielle concrète. Pour mieux l’écouter, il faut pouvoir « faire le jeûne » des paroles mensongères qui inondent et pourrissent les relations interpersonnelles et sociales sans oublier les réseaux sociaux. En accueillant la Parole de Dieu et en lui demeurant fidèle, le chrétien devient réellement disciple du Christ ; dès lors, il est invité à laisser cette Parole divine, la vérité sur Dieu et sur l’homme, transformer sa pensée, ses paroles et ses actions au cœur de la cité. Même si les prières et les dévotions sont personnelles et peuvent être reléguées dans l’espace privé, le vécu de la foi et des valeurs chrétiennes doit transparaître dans la vie sociale et l’engagement politique du chrétien. Toute dichotomie entre la foi professée et la vie vécue relève de l’hypocrisie et du contre-témoignage tant il est vrai que la foi, comme le dit si bien saint Jacques, sans les œuvres est une foi morte. Croyants de toutes confessions, simples citoyens ou autorités publiques, n’oublions pas que nous serons un jour, jugés par Dieu sur les œuvres de nos mains.

Eclairés par la Parole de Dieu, les fidèles sont invités à s’impliquer dans la vie de la cité, à dénoncer les contre-valeurs liées aux options des pouvoirs publics, des mouvements idéologiques et autres lobbies ésotériques. Les chrétiensdoivent apporter « une contribution cohérente pour que, à travers la politique, s'instaure un ordre social plus juste et conforme à la dignité de la personne humaine »[1], à la vérité qui libère de tout mensonge, de tout libertinage, de toute subjectivité malsaine. C’est alors que se fera progressivement par tous, l’option délibérée pour le bien.

 

IV- Quelques extraits de la Lettre pastorale

Le carême, temps d’écoute et de méditation de la Parole de Dieu

1-    « Le Carême est un temps privilégié d’écoute, de méditation et de célébration de la Parole de Dieu. Elle nous recentre davantage sur Dieu pour repartir du Christ. Elle nous porte à penser davantage à Dieu, à vivre sous son regard, face à face, à marcher sous l’impulsion de son Esprit (cf Ga 5, 16). » (p.3)

2-    « Pourquoi alors, fils et filles bien-aimés de Dieu, en ce Carême, ne pas « faire le jeûne » de ces torrents de paroles qui dispersent et désorientent, ne pas se refuser aux distractions des faits divers et « intox » des réseaux sociaux, pour lire, relire et méditer la Parole de Dieu ? » (p.7)

La foi doit impacter l’action sociale et politique du chrétien

3-    « Les œuvres de la foi témoignent aux yeux du monde de la sincérité et de la qualité de notre rapport à Dieu et de notre relation avec les hommes. Dans sa vie privée comme dans la cité, il y a des choses qu’un croyant ne fait pas, ne dit pas, etc. Et l’opinion publique ne s’y trompe pas : « Il n’a pas la crainte de Dieu », dit-on généralement de quiconque agit sans rapport avec sa foi en Dieu. On ne peut pas se dire chrétien ou croyant et vivre ou agir comme si Dieu n’existait pas, sans manifester aucune crainte de Dieu, aucun respect pour son Saint Nom, pour sa présence dans sa vie personnelle et dans la vie des autres. » (p. 8)

Mettre les réformes au service de la dignité de l’homme

4-    « Depuis quelque temps, notre pays le Bénin est devenu un vaste chantier de réformes et de grands projets dans bien des domaines. Nos gouvernants actuels nourrissent et déploient de légitimes ambitions pour faire de notre nation une cité-phare. Manifestement, ils rêvent le plus grand bien pour notre pays et s’y investissent sans répit, avec détermination et beaucoup d’espoirs. A la suite de l’apôtre Paul, on ne peut que les encourager à « rechercher toujours le bien, à ne jamais se lasser de faire le bien » (1Th 5,15 ; 2Th 3,13).

Des réformes et projets d’une telle envergure nécessitent une vigilance accrue sur l’homme, sur le respect de sa dignité et de sa liberté, la quête permanente de son adhésion et de sa contribution personnelle. Ils impliquent une prise en compte de toutes les dimensions sociale, spirituelle, matérielle, culturelle, de la personne humaine. (…) A oublier ou négliger la primauté de chaque être humain dans la gouvernance de la cité, on aboutit à un climat de morosité, de tension, de révolte et même de rejet, surtout si, face aux cris du peuple en souffrance, l’on reste sourd, séduit par les sirènes opportunistes des griots inconditionnels. (…)

Tout peuple aspire à donner sens à sa vie, sens de bonheur, de justice, de paix. On ne peut servir un peuple sans faire la vérité sur sa raison d’être et sans la prendre constamment en compte, au risque d’aller d’échec en échec, pour le malheur de plusieurs générations.  » (pp. 10-11.22)

Réconcilier la politique avec la vérité

5-    « La crise de vérité fait le nid des injustices et des réactions violentes de révolte et d’insurrection. Sur le champ politique, on observe l’option préférentielle pour le mensonge. Partout dans le monde aujourd’hui, la majorité des citoyens trouvent que leurs leaders et gouvernants se discréditent de plus en plus par leurs impostures; ce que confirment les interpellations du Pape Benoît XVI en visite au Bénin en 2011 :

« En ce moment, il y a trop de scandales et d’injustices, trop de corruption et d’avidité, trop de mépris et de mensonges, trop de violences qui conduisent à la misère et à la mort. Ces maux affligent certes votre continent, mais également le reste du monde… De cette tribune, je lance un appel à tous les responsables politiques et économiques des pays africains et du reste du monde. Ne privez pas vos peuples de l’espérance ! Ne les amputez pas de leur avenir en mutilant leur présent ! Ayez une approche éthique courageuse de vos responsabilités et, si vous êtes croyants, priez Dieu de vous accorder la sagesse ! Cette sagesse vous fera comprendre qu’étant les promoteurs de l’avenir de vos peuples, il faut devenir de vrais serviteurs de l’espérance. » (p. 16)[3]

Les béatitudes du politique

6-    Voici à ce propos les « Béatitudes du politique » selon le Cardinal vietnamien François-Xavier Nguyễn Văn Thuận, +2002) :

« Heureux le politicien qui a une haute idée et une profonde conscience de son rôle

  Heureux le politicien dont la personne reflète la crédibilité.
  Heureux le politicien qui travaille pour le bien commun et non pour son propre intérêt.
  Heureux le politicien qui reste fidèlement cohérent.
  Heureux le politicien qui réalise l’unité.
  Heureux le politicien qui s’engage dans la réalisation d’un changement radical.
  Heureux le politicien qui sait écouter.
 Heureux le politicien qui n’a pas peur ?
 »[2] (p. 21)

L’option pour le bien rend libre

7-    « (…) Il faut choisir et faire le bien ; d’abord savoir distinguer le bien du mal, ne pas prendre le mal pour le bien ni le bien pour le mal. Le bien n’est pas seulement ce qui nous fait du bien à nous et ne fait pas de mal aux autres. Il est encore moins ce qui est bien pour nous et fait du mal aux autres.« Que chacun de vous ne se préoccupe pas de lui-même, mais plutôt des autres. », exhorte St Paul (Ph 2,2b). 

Le premier bien à faire, c’est envers soi-même : se prendre en charge en se mettant au travail. Le travail est la vocation de tout homme (cf Gn 1,28), celle de s’accomplir soi-même. Voilà pourquoi, on ne doit pas tout attendre de l’Etat, mais se mettre d’abord à inventer soi-même son propre avenir.

L’option préférentielle pour le bien, c’est encore travailler pour le bien en faveur de son pays, s’engager, selon ses choix, à soutenir tout ce qui s’y fait de bien, mais aussi à combattre tout le mal auquel on tenterait de le livrer. » (pp. 26.27.28)

Père Eric Oloudé OKPEITCHA

Directeur de la Cellule de communication
de la Conférence Episcopale du Bénin

 

 


[1] Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Note doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique (24 novembre 2002).

[2] Cité par le Pape François, in Message de 52ème Journée mondiale de la Paix.

[1] Discours au Palais présidentiel de Cotonou, 19 novembre 2011.

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