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PERE THOMAS MOULERO DJOGBENOU (1888-1975) :

                          « Premier-né de la Multitude »

         La date du 15 Août 1928 restera vivement gravée en lettres d’or dans les annales de l’histoire de l’Eglise du Bénin (ex vicariat Apostolique du Dahomey) et dans le cœur des fils et filles de notre pays. En effet, en cette solennité de l’Assomption de la Vierge Marie, le Bénin (ex-Dahomey) accueillit l’insigne grâce de l’ordination sacerdotale de son premier fils : le Père Thomas MOULERO DJOGBENOU. « La Providence n’a point attendu – comme l’exprimait dans l’homélie d’ordination, Mgr Jean-Marie CESSOU, Vicaire Apostolique de Lomé, que tout le Dahomey soit converti pour y faire naître un prêtre ». C’était bien la preuve de la bienveillante sollicitude de Dieu envers la terre béninoise.

            En cette année jubilaire où notre Eglise fête le cent trente-neuvième anniversaire de son évangélisation, il est aussi impérieux d’orienter nos regards de foi et d’espérance vers les boulevards que nous trace la mémoire du Père MOULERO, premier fruit sacerdotal du labeur pétri de peines et de souffrances de nos vaillants missionnaires. En évoquant la figure emblématique du premier prêtre béninois, le présent compte-rendu de lectures et de témoignages nous permettra de lire à travers son histoire personnelle, une page de l’Histoire de l’évangélisation de notre pays. Nous y percevrons « une invitation à l’Eglise en vue d’accueillir avec une ardeur renouvelée, la grâce qui la rend messagère du Christ et la dispose à proclamer ses œuvres de miséricorde. » [2]. De cette union sont nés trois enfants : deux filles (Sokpohoué Anago Marguerite et Mègnonmi Josephine)[4]

Comme ses frères et sœurs[6] . Mais Houessou ne retournera à Gbékandji que bien des années plus tard. C’est à Kétou que sa mère lui donna le prénom « Moulero » qui signifie : « Garde la maison » (fais-la vivre, prospérer et grouiller de monde). Nous pouvons y voir le projet d’avenir, le programme de vie qu’avait Maman Koutémi pour son unique garçon. Attente noble et légitime d’une mère, où viendra germer le beau projet divin pour une alliance nouvelle : celle de devenir « l’Aîné de la multitude » des ministres du saint sacrifice de l’autel.

B-KETOU LA GRANDE CITE ROYALE : TERRE BENIE

Arrivé à Kétou en 1905, après bien des péripéties, le jeune Houesou MOULERO, alors âgé de 17 ans environ, fut confié à son oncle maternel BABALAWO (Prêtre du Fâ) dans un petit village non loin de Kétou, Idufin.

Kétou, la grande cité royale nagot, commençait à naître de ses cendres après sa destruction totale en 1886 par les guerriers du roi Glèlè. En effet, la victoire de la France sur le Royaume de Danxomè en 1892 consacra le retour triomphal des anciens captifs d’Agbomè à Kétou. L’occasion était propice pour que les missionnaires y établissent l’Eglise de Dieu. C’était en 1897.

Très tôt, ils y avaient ouvert une école. Mais personne n’osait y envoyer son enfant ; tant la méfiance était grande, et les mesures d’autoprotection contre d’éventuelles invasions, assez prononcées. Les missionnaires réussirent cependant à convaincre ALAKETOU OYINGUN- Souverain de Kétou- de l’utilité de l’école. Aussi le roi faisait-il attraper périodiquement les enfants et les jeunes hommes pour les amener de force à l’école. C’est ainsi qu’un jour, alors qu’il se rendait au marché d’Asena, Moulero Houessou fut arrêté et fait, de force, interne à l’école catholique. La mère de Houessou qui pouvait encore retirer son fils, comme bien d’autres parents l’avaient fait, était malheureusement encore en voyage à Lagos. Le Supérieur de la mission catholique enregistra aussitôt le nom du garçon sans s’embarrasser de son refus. Le novice du Fâ laissait ainsi toutes ses leçons des mystères du Fâ pour une nouvelle aventure, celle d’un homme embarqué sans savoir où la route le conduirait. Il changeait de statut : d’Omo-Awo (novice du Fâ), il était devenu Omo-Kristi (élève du Christ). Il suivit très vite les cours de catéchisme et fut baptisé le 11 août 1909 par le Rd Père MAGLOIRE en la paroisse Sainte Thérèse d’Avila de Kétou sous le nom de Thomas.

A l’école, il fit de bonnes études. Par manque d’enseignants, il fut même recruté comme moniteur et aida le maître Paul FALY – son parrain de baptême devenu directeur de l’école – à enseigner l’alphabet aux enfants. En 1914, avec le déclenchement de la première Guerre Mondiale, l’école fut provisoirement fermée, le seul prêtre en poste à Kétou étant rentré en France pour le service militaire. Mais ce ne fut pas une période de repos pour le jeune moniteur. Lui-même nous raconte : ‘’ Je retournai dans la ferme d’où j’étais venu au marché quand je fus attrapé et conduit à la mission à mon corps défendant. Je me livrai à la chasse… jusqu’en 1915 où je fus recruté par le Père GAUTHIER qui venait de temps en temps visiter les chrétiens de Kétou sans prêtre.’’[8]

Telle fut l’histoire de l’entrée au séminaire du jeune Moulero Houessou. Le Père Antonin GAUTHIER, premier supérieur du séminaire de Ouidah, fut en quelque sorte le messager que le Seigneur envoya lui parler de vocation. Le jeune moniteur, s’abandonnant à Dieu, donna un « fiat » direct et sincère mais non moins mystérieux. Car il était bien conscient que cet engagement qu’il prenait allait en contradiction avec le beau projet de sa mère sur lui : « être un Moulero ». Il savait qu’avec ce choix, il ne pouvait plus se marier et donner une descendance à ses parents. Ce « fiat » de Moulero nous fait ainsi saisir la vocation dans le sens d’un don personnel et total, de son amour, de tout son être, de tout son avoir à Dieu. Ainsi, malgré le milieu socio-culturel et familial peu favorable au célibat, Thomas Houessou fit son entrée au séminaire de Ouidah.

2-Entrée et vie au séminaire

« Scito gratius nobis flore cum audierimus unicum indigenam a te sacris initiatum, quam  quinquaginta gentilium millia a te baptisata ».[10]. A son arrivée, le séminaire comptait déjà 6 élèves (dont Gabriel KITI), avec qui il vécut les temps héroïques de cet institut « à la vie tour à tour ambulante et sédentaire où les études étaient organisées avec les moyens de bord, où la déclinaison commencée à Ouidah s’achevait dans un village Sahouè ou Adja… »[12]. Cette cérémonie liturgique solennellement relevée par la participation massive et active du peuple de Dieu priant aux rythmes des chants particulièrement mélodieux des grands séminaristes eut lieu dans l’ex pro-cathédrale – aujourd’hui Basilique – de Ouidah. Dans sa relation de l’événement dans l’organe de liaison Echo des Missions Africaines, le Père KERN, professeur à St Gall, écrit que ce fut «  dans le silence le plus absolu que retentirent en réponse à l’ordre de l’évêque, l’appel prononcé par le Révérend Père LEPORT, supérieur du séminaire, et la réponse du candidat : ‘’ adsum’’ et la voix du pontife rendant grâce à Dieu : ‘’ sit nomen Domini benedictum’’ »L’EVENEMENT D’ORDINATION

L’événement d’ordination de l’Abbé Thomas MOULERO le 15 août 1928 fut l’un des plus importants qu’a connu notre pays dans l’histoire de son évangélisation. En effet, si au XVIIème siècle déjà, le Dahomey connut l’arrivée des Capucins bretons missionnaires à Ouidah (1637) et des Capucins espagnols à Allada (1660), cette première tentative d’évangélisation du Dahomey n’est pas allée loin. Aussi « Dieu qui veut à tout prix le salut du Dahomey y a (-t-il) dépêché les Pères de la Société des Missions Africaines de Lyon. Plus soumis que Jonas envoyé à Ninive, ils ont obéi au premier ordre du Seigneur : le Père Borghero débarqua à Ouidah avec deux autres missionnaires en 1861. On leur avait prédit l’échec. On fit même plus. Les pharisiens de ce temps-là, jugeant le Dahomey trop endurci dans le mal, blâmaient l’idée saugrenue que les missionnaires avaient de venir travailler sur une terre qui semblait être laissée en partage au démon par le Créateur lui-même, tant le prince des ténèbres régnait en maître dans les royaumes de Danxomè et de Xogbonou. Mais les missionnaires avaient juré de lutter contre le démon ! (…). Et sur cette terre abandonnée, pétrie de fétichisme, après un demi-siècle d’évangélisation – exactement soixante-sept (67) ans – un fils du pays est appelé à la prêtrise.’’[15]. L’action de grâce éclate. Toutes les voix s’unissent pour louer, bénir et remercier Dieu qui venait de manifester sa miséricorde et sa bonté au Dahomey.

Au nombre des personnalités qui étaient présentes à cette fête, nous pouvons citer M. le Gouverneur du Dahomey par intérim, M. Paul HAZOUME, instituteur principal à Cotonou, qui, dans un discours fort intéressant, permit à toute l’assistance de comprendre que les desseins de Dieu échappent aux attentes humaines : ils sont impénétrables.

Nombreux étaient aussi les parents du Père MOULERO qui, de Gbékandji ou de Kétou, de Porto-Novo ou d’Imèko, étaient venus célébrer l’évènement d’ordination de leur fils.

Plus qu’une simple fête, l’ordination du premier prêtre dahoméen suscita la fierté de tout le Dahomey et consacra l’unité de tout le Vicariat Apostolique. Ainsi, le jeune prêtre fut invité dans toutes les principales missions pour dire des messes. M. Emmanuel Karl-August de Ouidah raconte : « Quand Mouléro accéda à l’autel, c’était un fait historique immense pour le Noir dahoméen. Un nègre devenait prêtre, au même titre que le missionnaire français, anglais, belge ou portugais. La résonnance de cet événement fut-elle perçue dans le contexte historique et colonial de l’époque ? En effet, de Dakar sortaient déjà des fonctionnaires africains, mais c’était des auxiliaires du Blanc, des diplômés africains, et donc de seconde zone, médecins-pharmaciens, sages-femmes, infirmières, instituteurs-adjoints, sans diplômes académique comme en France, voilà le niveau intellectuel imposé aux sujets français de l’A.O.F. Thomas fit quatre ans d’études supérieures de théologie et fut jugé capable de les réussir. Ainsi le premier dahoméen monta-t-il à l’autel du Seigneur avec les mêmes prérogatives et les mêmes pouvoirs que le Blanc. C’était là une révolution morale dans le contexte colonial. »[17] Il avait une conscience vive de la gratuité et de l’universalité du salut accordé à tous les peules. En conséquence, cette Bonne Nouvelle du Salut doit se trouver partout chez elle. On comprend alors sa passion pour l’histoire des peuples. Mgr Christophe ADIMOU, un de ses anciens vicaires, témoignait : « Quand il arrivait dans un village, il rend d’abord visite aux autorités locales : le chef du village ou le roi ensuite il s’intéresse aux noms… parce que le nom est un programme.’’[19]

Son activité missionnaire commença en 1929 où il a été vicaire du Révérend Père Emile SCHMIDT à Kétou. En cette même année, il fut affecté à Dassa-Sokponta d’où il administrait la Station de Savè. En 1930, il devint curé de Savè et le demeura jusqu’en 1955. Aussi, ne peut-on parler de Savè aujourd’hui sans faire référence à Thomas MOULERO. Il était toujours en mouvement « le zèle des âmes le poussait à sillonner tout seul, sur son inséparable vélo, avec pour tout déjeuner une noix de cola à la bouche, les diocèses de Parakou et de Natitingou, alors simples stations de Savè »[21]. Le jeune prêtre se savait donc être le premier. Pour lui, l’échec devait être un vain Mot. Il se devait de travailler avec ardeur pour garder dans toute sa splendeur, la grâce incommensurable du sacerdoce dont il était investi. Sa réussite, c’est la réussite de tout le Dahomey, de toute l’Afrique. Son échec, c’est aussi la déchéance de tout un peuple. Homme de grande conviction, il savait qu’il tenait au milieu de son peuple la place du Christ en personne, doté d’une grâce particulière qui lui permet de tendre vers la perfection de celui qu’il représente. Il était «  profondément homme,…homme de prière …homme eucharistique ».[23]. C’est ce qui explique tout l’effort que déploie le vénérable Père pour sanctifier le temps. Tous les jours, le père MOULERO anticipait l’aurore pour vivre un colloque intime avec son Dieu présent dans le Saint Sacrement. Il se lève tous les jours à 4h du matin, fait son programme du jour, classe les affaires courantes par ordre d’urgence, vérifie son cahier de compte, prépare son sermon pour la journée ou pour le dimanche à venir. Le moment le plus important de la journée, il le passe à la chapelle : de longues heures de prières, avant et après l’eucharistie célébrée avec grande dévotion et ferveur. Sur son « vélo légendaire », son chapelet ne le quittait jamais, comme pour exorciser et arracher le peuple de Dieu au mal dont il avait conscience qu’il minait notre Dahomey. C’est grâce à sa prière fervente et persévérante qu’il eut à vaincre des situations de sorcellerie. Il luttait à visage découvert contre les forces de la nuit et de la nuisance. Lors de la journée de réflexion sur ses œuvres à Missérété, M. Rigobert LADIKPO raconta l’histoire du hibou que le père MOULERO tua et refusa de rendre à une vieille sorcière qui était venue réclamer l’oiseau. La prière, pour le père Thomas, est ce qui confère sens et fondement au sacerdoce

2-Homme-Eucharistie

Le Père MOULERO, grand prédicateur, ne se contentait pas seulement des mots pour parler à son peuple. Son silence et toute sa vie de prêtre étaient tout un livre ouvert dans lequel ses paroissiens pouvaient trouver le trésor d’une vie de perfection. Un prêtre raconte que si les paroissiens de Kétou, de Savè, et de tout le yoruba-land sont aujourd’hui sensibles à la bénédiction du Saint sacrement, à la prière avant et après la messe, c’est grâce au père MOUERO. Pour lui, la prière du prêtre et même du chrétien, est toujours prière du Christ mort et ressuscité. Et l’Eucharistie en est la dimension totalisante. C’est elle qui communique la densité spirituelle à la vie du pasteur. L’Eucharistie, c’est le cœur de la vie du père MOULERO, l’Alpha et l’Oméga de sa vie de prière.

3-L’ascète

Le père MOULERO savait bien que la chair est faible, raison pour laquelle il ne faut en aucun cas lui donner des occasions de s’assoupir, s’alourdir pour tirer l’esprit du prêtre vers le bas. Il était très sévère pour lui-même et pour les autres. Il n’acceptait pas qu’on biaise avec la vérité. Cela ne l’empêchait pas d’être ouvert à son entourage. Il organisait son existence de manière à avoir le plus de contact avec le peuple de Dieu. Il traitait chacun avec un parfait naturel, et avait un amour des langues locales. Il lui arrivait de se mettre en colère quand une personne qui aurait dû être beaucoup mieux informée, niait une vérité de la foi. Toute la discipline, l’austérité qu’il faisait subir à son corps avait pour but de garder cette vivante communion avec Jésus-Christ qui a souffert pour racheter l’humanité. C’était vraiment un « Alter Christus » .

III. LE TEMPS DE LA CULTURE ET DE L’EVANGILE

A. L’HISTORIEN ET L’HOMME DE CULTURE

Homme de terrain et de contact, le père MOULERO avait déjà compris qu’il ne pouvait y avoir réelle évangélisation sans une prise en compte sérieuse de l’histoire et de la culture des peuples. Evangéliser, c’est travailler à mettre en alliance le Christ et la culture qui est la vérité de l’homme. Le père Thomas MOULERO s’est illustré, par ses recherches en histoire et en pharmacopée, comme un pionnier de l’œuvre d’inculturation et l’un des pères de la fixation par écrit de l’histoire de notre pays. Il collabora activement à la revue Reconnaissance africaine fondée par le père AUPIAIS. Dans les années 1964-1966, la revue Nouvelle série des Etudes Dahoméennes lui ouvrit ses colonnes. Au-delà d’une simple œuvre historique, les travaux de recherches de Thomas MOULERO sont aussi de véritables œuvres sociologiques, anthropologiques et ethnologiques. Plusieurs de ses travaux ont été consacrés aux cérémonies traditionnelles de baptêmes, de mariage, des funérailles chez certains peuples ou ethnies notamment Savè, Dassa, Kétou,wémè... Au nombre de ces travaux, nous pouvons citer entre autres :

v« Immortalité de l’âme – télépathie et reviviscence », in Reconnaissance Africaine 17 (1926), P.7

v« Essai historique sur la ville de Kétou », in Reconnaissance Africaine 9 (1926), p.7.

v« Proverbes nagots ou yorubas », Reconnaissance Africainen,32 (1927), p.5.

v« Le mariage chez les Dassa, études sur la famille », in Echo des missions Africaines, 2 (1931).

v« Histoire et légendes de Tchabè (Savè) », in Etudes Dahoméennes (NS), Juin 1964

v« L’histoire des wémènou ou Décémènous », in Etudes Dahoméennes (NS) Mai 1965.

v« Conquête de Kétou par Glèlè et conquête d’Abomey par la France », in Etudes Dahoméennes (NS) Mai 1965.

v« Histoire et légendes de Djèkens », in Etudes Dahoméennes (NS) Octobre 1966.

v« Ghezo ou Ghedizo Massigbe », in Etudes Dahoméennes (NS) Mai 1968

Le père MOULERO DJOGBENOU ne se préoccupait pas seulement d’une reconstitution historique des faits ; il faisait aussi surtout de la critique historique. On sait par exemple qu’il a analysé et critiqué l’ouvrage the story of Kétou“ de M. PARRINDER au sujet de certaines précisions qui manquaient[25]. Cela témoigne du reste de la qualité et de la valeur scientifique de ses écrits. Par ces travaux, il a aussi fourni une large documentation à la multitude des chercheurs. Mais au-delà d’une simple œuvre intellectuelle, il voulait surtout entrer en dialogue avec la culture, lieu de rencontre et de collaboration entre Dieu et l’Homme.

B- UNE IMMENSE ŒUVRE D’INCULTURATION

Pour le Père Thomas, l’Eglise doit parler la langue de la culture africaine pour pouvoir rendre intelligible au peuple le langage de la foi, de la charité et de l’espérance. Selon lui, « le mariage entre chaque culture et l’évangile ne doit pas s’arracher à coup de revendications identitaires. Il s’agit d’un besoin naturel, voire d’une nécessité vitale, sans laquelle le christianisme perdrait sa raison d’être comme porteur d’une Bonne Nouvelle pour tous les mondes »[27].

C- DANS L’ETERNELLE EUCHARISTIE

A partir des années 70, les forces du Père MOULERO commencèrent inexorablement à décliner, il se retira alors à la cathédrale Notre-Dame de Porto-Novo, puis chez lui à Kétou qu’il dut quitter en 1975 pour suivre des soins de santé à Cotonou auprès de son neveu M. ABIMBOLA. C’est là, des suites d’une crise d’ictère, qu’il est entré dans l’Eucharistie Eternelle le matin du dimanche 03 Août 1975. Les cérémonies d’inhumation connurent beaucoup de difficultés surtout du fait que le Père n’avait pas laissé un testament écrit. Certains parents auraient souhaité l’inhumer à Gbékandji. Pour d’autres, c’était Kétou. L’état de la route Kétou-Porto-Novo ne rendait pas facile un tel déplacement. Mgr Vincent MENSAH, son évêque, décida de le déposer dans le caveau des Pères au cimetière municipal de Porto-Novo. Ses obsèques eurent lieu en la solennité de l’Assomption de la vierge Marie de l’An 1975, le jour même de son 47ème anniversaire sacerdotal. Le Saint Père, le Pape Paul VI, à travers le cardinal VILLOT, présenta ses vives condoléances à toute l’Eglise du Bénin. Un mausolée, préparé à Kétou, attend jusqu’à ce jour ses dépouilles mortelles.

Dans cette brève présentation, notre souci a été de permettre au lecteur d’entrer le plus possible en contact avec les anciens textes qui ont été produits sur l’homme de Dieu Thomas MOULERO. Nous reconnaissons très schématiquement ce compte-rendu. Il nous permet tout de même de contempler dans l’itinéraire parfois tortueux, semé de peines et de joies, l’ensemencement laborieux d’une vie de sainteté, de pauvreté évangélique et de Zèle apostolique.

En relisant divers témoignages et impressions, on retient de ce vénérable Patriarche de notre pays beaucoup de qualités humaines et sacerdotales : courage, audace, fidélité et réalisme historique. En lui, nous contemplons le Pasteur, le spirituel et le scientifique. Sa vie nous interpelle à plus d’un titre. Il ne s’est pas laissé emporter par de vaines passions ou le désir de vaines gloires. Il voulait simplement être « profondément prêtre » et il nous l’a démontré. Il est vraiment « le premier dans l’ordre numérique et surtout dans l’ordre de l’excellence. »


[2] Le papa de Thomas est né à Gamey non loin d’Azowlissè, mais il quitta son village natal vers 1836 pour s’installer à Gbékandji. Ses parents seraient originaires d’Asha-Idi-Oshè, petit village frontalier du Nigéria, détruit par les troupes du roi Guézo (1818-1858) et aujourd’hui situé dans la sous-Préfecture de Sakété.

[4] Sœur Marie-Paul DJOGBENOU, Père Thomas MOULERO, premier prêtre du Dahomey, (inédit), p.9

[6] Sœur Marie-Paul DJOGBENOU, op. cit., p…9.

[8] Idem.

[10]- Jean BONFILS, La Mission catholique en République du Bénin. Des origines à 1945, Paris, Karthala, 1999, p.206.

[12] En réalité, il s’agissait d’une double fête, le soir même de ce jour, deux filles du Dahomey émettaient leurs vœux perpétuels parmi les Oblates des Petites Servantes des Pauvres.

[14] Mgr Jean-Marie CESSOU, Homélie d’ordination de l’Abbé Thomas Moulero DJOGBENOU, (inédit)

[16] Jean BONFILS, La mission catholique en République du Bénin. Des origines à 1945, p.207.

[18] -Mgr V. MENSAH (s.l.d.), Plaquette du centenaire de la paroisse de Kétou, 18 Octobre 1997, Père MOULERO vu par un ancien : Interview de Mgr ADIMOU. p.9.

[20] Mgr V. MENSAH, Op.cit

[22] Père Charles WHANNOU, « Profil spirituel du père Thomas MOULERO DJOGBENOU », in Les Actes de la journée Thomas MOULERO DJOGBENOU, p.27-31.

[24] Lire Thomas FAGBITE, « Rd Père Thomas MOULERO, l’homme et le Chercheur », in Actes de la journée Thomas MOULERO DJOGBENOU, p.16.

[26] Alphonse QUENUM, Evangéliser, hier, aujourd’hui,

[28] P.B .ADOUKONOU, Idem

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